Gudule

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Gudule

Message  Jocelyne le Jeu 21 Mai 2015 - 21:07

Je viens d'apprendre le décès de Gudule. Je suis triste.

(Source : http://jeunesse.actualitte.com/personnalites/gudule-est-decedee-980.htm)

"Elle nous avait avoué il y a quelques années « dormir le moins possible », elle vient de fermer les yeux pour une très longue nuit, Gudule vient de nous quitter à l'âge de 69 ans.


aux Imaginales en 2010

L'auteur né en Belgique à Ixelles était boulimique d'écriture et se levait en général à 4 heures du matin pour coucher sur son écran d'ordinateur des mots aussi bien pour les enfants, les ados que les adultes, elle ne faisait pas une grande différence entre les âges, cela lui apportait « le même bonheur ».

Comme beaucoup d'auteurs, elle écrivait depuis son plus jeune âge et était devenue journaliste. Elle avait collaboré à Hara-Kiri, Pomme d'Api, Fluide Glacial, Charlie Hebdo, L'écho des savanes, mais aussi Pif. Elle a également animé une émission de radio consacrée à la bande dessinée sur la radio parisienne, Radio Libertaire.

Fascinée par l'étrange et le fantastique, elle était auteur jeunesse depuis 1987 pour une grande quantité d'éditeurs (Syros, Nathan, Bragelonne,…) elle alternait également sous le nom d'Anne Duguël différents romans et nouvelles. Elle n'hésitait pas à aborder aussi des thèmes difficiles comme le racisme, le sida ou encore les sans domicile fixe.

Parmi la tonne d'écrits que l'auteur a produite, il est compliqué de n'en garder que deux ou trois, mais nous citerons entre autres pour la jeunesse, La Bibliothécaire, roman paru en 1995, et recommandé par l'Éducation Nationale et pour les adultes, un extraordinaire recueil de nouvelles Entre chien et louve (Denoël – 1998)

Gudule manquera au monde de l'édition comme à ses lecteurs."
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Jocelyne
Le sage et l'artiste


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Re: Gudule

Message  Arun le Ven 22 Mai 2015 - 9:18

Je suis triste également, toutes mes pensées à ses proches, à sa famille ! Adieu Gudule ! I love you rose


Grands moments de solitude 78 (tome 2)
Impure et fière de l’être

Cette histoire remonte à la fin des années cinquante. J'étais en sixième, dans un « pensionnat pour jeunes filles de bonne famille », au fin fond de la Belgique. À cette époque, toute notre éducation était axée sur la pureté, obsession récurrente des religieuses.

— Votre corps est le temple du Seigneur, vous lui devez un respect absolu, nous serinaient à l’envi ces excellentes femmes.

Le péché suprême, c'était « se toucher », selon l’expression consacrée. Nos livres pieux ne parlaient que de ça. L'un d'eux, le plus prestigieux, celui que chaque élève se devait de consulter au moins une fois par jour, s'intitulait Pureté, mon beau souci, et ses préceptes revenaient comme une ritournelle dans les propos de nos enseignantes.

En revanche, la calomnie, la délation, le racisme, l'exclusion, la discrimination, le mépris, qui se pratiquaient en permanence dans cette communauté d'adolescentes, — et dont certaines d’entre nous souffraient cruellement —, étaient considérés comme de simples broutilles. Nous pouvions tourmenter une pauvre gamine sans défense, la mettre en quarantaine, l'humilier, nous moquer d'elle, bref faire de sa vie un cauchemar de chaque instant, c'était sans importance. Mais se toucher, oh là la ! Ça, c'était grave ! Un acte abject, inexcusable, qui nous ouvrait en grand les portes de l'enfer—sauf si, bourrelées de remords, nous en demandions pardon à genoux, tête baissée, bafouillant de honte dans l'obscurité du confessionnal.

J'ignore si certaines de mes camarades transgressaient ce tabou. Avec le recul, la chose me paraît évidente. Mais moi, j’ aurais jamais osé. Enfin, jusqu'à ce fameux soir d'avril ...

J'avais un cafard monstre. Je m'étais disputée avec ma meilleure amie, mes parents me manquaient, mon lit était glacé. J'aurais donné n'importe quoi pour un peu de douceur, des paroles tendres, un sourire complice.

Au fait, depuis combien de temps ne m'avait-on pas embrassée ? Deux, trois mois ?

Ce constat mit un comble à mon désarroi. Je me repliai sur moi-même — pas seulement moralement ; physiquement aussi. C'est-à-dire que je pris, sans vraiment m'en rendre compte, la position fœtale, dos arqué et genoux repliés sous le menton. Puis, comme j'avais les mains froides, je les glissai, d'instinct, entre mes cuisses. Oh, sans mauvaise intention, je le jure ! Mais un démon mutin dut y mettre du sien , car, soudain, quelque chose s’éveilla en moi. Une sensation inconnue, et si agréable qu'elle détourna le cours de mes pensées. Je cessai de grelotter, pour m'absorber dans la chaleur qui irradiait d'un point particulier de mon anatomie, et rayonnait dans tout mon ventre.

Cette ressource intime m'émerveilla — sans que, dans un premier temps, je fasse le rapprochement entre le plaisir que j'éprouvais et l'interdit que les sœurs m'avaient fourré en tête. (Une telle candeur peut paraître absurde, mais que l'on se reporte à notre ignorance et aux métaphores tarabiscotées dont usaient les adultes à notre encontre, faute d'oser appeler un chat un chat.) Comment aurais-je pu soupçonner que ce que je faisais en toute innocence était justement ce crime mystérieux dont, à mots couverts, on nous rebattait les oreilles ?

D'ailleurs, qu'est-ce que je faisais, hein ?

Rien.

À part bouger un tout petit peu les doigts pour empêcher la chaleur de s'éteindre. Quel mal y avait-il à ça ?

Il ne me fallut pas longtemps pour m'apercevoir que certains gestes précis, non seulement prolongeaient la sensation, mais l'accentuaient. La rendaient plus aiguë, presque insupportable, mais tellement, tellement bonne.

Ce soir-là, en poussant plus avant l'expérience je découvris l'orgasme — ce jaillissement cosmique ; cette pluie d’étincelles ; cet essaim d’étoiles butinantes.

Et je découvris autre chose, aussi, de bien plus important. Lorsque le monde entier vous abandonne, il reste toujours quelqu’un pour vous aimer : vous-même.

Ainsi, avec mes doigts, dans le silence transi d'un dortoir religieux au fin fond de la Belgique, appris –je à m'aimer. Et acquis-je, de ce fait, une conviction profonde : l’amour de soi est le premier pas vers l'amour des autres.

Le lendemain, j’allai à confesse. Mais je ne parlai pas de mon aventure nocturne à l'aumônier tapi dans le noir, oh non ! Les seules fautes que j'avouai étaient celles que je regrettais d’avoir commises : méchanceté gratuite, mesquinerie, égoïsme, rancune, malveillance, manque de générosité, de gentillesse, d’empathie. Et ces défauts-là, je promis solennellement de m'en corriger.

Promesse que j'ai tentée de tenir, ma vie durant.

Par contre, je suis restée impure, et fière de l'être.






"Le mouton n'a pas mangé la rose et le Petit Prince n'est pas mort"

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Re: Gudule

Message  Invité le Ven 22 Mai 2015 - 11:48

je suis désolée pour Gudule c'est trop jeune pour fermer les yeux..doublement désolée car je ne connaissais pas cette dame..belge
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Re: Gudule

Message  Sapho le Sam 23 Mai 2015 - 17:02

Désolée pour la mort de Gudule qu'hélas je ne connaissais pas!

D'après ce que tu en dis, elle a vécu intensément chaque seconde de sa vie . La durée de vie me semble moins importante que la qualité de vie.

Bien que les êtres chers nous quittent toujours trop tôt, on peut faire son deuil en pensant qu'elle même n'aurait pas eu de regrets à partir.


:coque: :coque: :coque:
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Re: Gudule

Message  bergamote le Dim 24 Mai 2015 - 17:36

je ne la connaissais pas non plus ce qui n'enlève rien à son talent.
tu as raison Sapho, ceux qui nous quittent le font toujours trop tôt mais personne n'est immortel du moins pas encore qui sait avec les progrès et recherches de la science? Rolling Eyes Rolling Eyes
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