Comme un avion - Bruno Podalydès

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Comme un avion - Bruno Podalydès

Message  Arun le Mer 10 Juin 2015 - 10:53

Comme un avion

Comédie réalisé en 2015 par Bruno Podalydès  
 Avec   Bruno Podalydès ,   Sandrine Kiberlain ,   Agnès Jaoui  ...

Michel, infographiste, est un quinquagénaire féru d'aviation. Admirateur de l'Aéropostale, il rêve chaque jour de s'envoler à bord d'un de ces engins formidables. Mais lorsqu'il découvre des photos de kayaks, il est tout de suite séduit par les lignes souples de ces canots qui lui rappellent le fuselage d'un avion. Après avoir acquis un kayak et s'être entraîné sur le toit de sa maison, il reçoit l'approbation de sa femme pour entreprendre une virée en solitaire sur une rivière inconnue. Au cours de son périple qui rompt totalement avec son quotidien et l'entraîne loin de chez lui, Michel multiplie bientôt les rencontres le long de la rive...


LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 10/06/2015

La crise de la cinquantaine, personne ne l'avait imaginée ni filmée comme ça. Non pas sur la Riviera en décapotable aux côtés d'une créature ardemment aimée, et beaucoup plus jeune. Non pas sur un trois-mâts avec selfies exaltés devant les merveilles du monde. Mais comme une échappée minuscule, un voyage quasi immobile en eau douce et au ralenti... Avouons-le, on s'est souvent identifié aux héros rêveurs, pas toujours battants, des comédies de Bruno Podalydès : trentenaire faisant de l'indécision un art (Dieu seul me voit, 1998), père rendu irascible par son fantasme de plaisance (déjà ! — Liberté-Oléron, 2001), plus récemment pharmacien qui rêve d'une autre vie (Adieu Berthe, 2012)

Jusque-là, c'est le cadet des frères Podalydès, Denis, qui prêtait son talent de « comédien-français » à ces hommes fragiles et raisonneurs. Cette fois, c'est le cinéaste lui-même, Bruno, qui s'y colle, avec une puissance burlesque et poétique remarquable, chaînon manquant entre Edouard Baer et Alain Chabat. En s'offrant le premier rôle, il abandonne la veine truffaldienne (suivre Denis comme Truffaut suivait Léaud) pour l'autofiction façon Nanni Moretti — on jurerait qu'il a revu Journal intime avant de se filmer à deux-roues, écharpe blanche au vent.

Donc, Michel, dit à son corps défendant « Choumi », plaque temporairement son boulot de graphiste 3D — le nez en permanence dans les réalités... virtuelles — pour la petite grande aventure dans la vraie vie. Lui qui rêve d'aéropostale se contente d'un « avion sans ailes », comme le chantait Charlélie Couture : un kayak. Sa capacité d'émerveillement devant le mot, un palindrome, puis l'objet, un Grand Raid à ossature bois, enchante. Une fois assemblé, lesté de provisions choisies (thermos de Ricoré, notamment), posé sur l'eau pas trop vive d'une petite rivière, ce vaisseau magnifique le mènera enfin ailleurs. Jusqu'à la mer, peut-être, si la distance n'excède pas la petite semaine de congé qu'il a prise.

Puisqu'il s'agit d'une mini-Odyssée, notre Ulysse a sa Pénélope — Sandrine Kiberlain, lumineuse —, épouse compréhensive qui accepte le caprice comme on l'accepterait d'un grand malade ou d'un enfant. Et sur son chemin surgit Circé : elle a les traits plantureux d'une patronne de guinguette (jouée par une Agnès Jaoui libérée et facétieuse) et on ne peut lui échapper. Commencé par une sieste, poursuivi au rythme de l'escargot (de rivière), le périple s'immobilise : quoi que le voyageur tente, le destin le ramène sans cesse au bizarre havre de paix et de pure jouissance, où les femmes sont douces et l'alcool coule en abondance... Comme dans un conte, puisque cette échappée belle tient aussi du retour à l'enfance, avec le Manuel des Castors juniors comme guide, le kayakiste est victime d'un sort qui le scotche à une dolce vita champêtre et arrosée. On aimerait en connaître l'adresse.

L'art de Bruno Podalydès est un mélange d'observation ludique du quotidien et de léger décalage, une poé­tisation du réel. En son coeur, ce personnage lunaire, qui monologue mezzo voce sur tout et rien, tente de se laver des songes noirs qui l'habitent (le récit pourrait aussi bien être le délire d'un dépressif mis en cure de sommeil), finira par toréer, seul, dans une prairie, avec une tente de camping pour muleta, avant de s'écrouler, vaincu par le plaisir — et l'absinthe.

Autour de lui, une galerie de rencontres irrésistibles, collègue sympa mais pédant (Denis Podalydès), voisine nymphomane (Noémie Lvovsky), jolie routarde en carafe que la pluie fait pleurer (Vimala Pons), et autant de situations charmantes ou drôles, toujours inventives. Le rire ou le sourire sont voisins de la mélancolie à mesure que les déambulations s'accompagnent des voix de Bashung (Vénus) ou de Mous­taki (Donne du rhum à ton homme, Le Temps de vivre) : parce que cet hymne aux plaisirs simples, cette fable anti­stress, forme une parenthèse qui, forcément, se refermera. Le temps de (la) vivre, cela faisait des mois qu'on n'avait pas été aussi heureux, serein, complice au cinéma. — Aurélien Ferenczi

Appréciant vivement Bruno Podalydès ,   Sandrine Kiberlain ,   Agnès Jaoui  ... je ne peux que le recommander  Smile

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]


Dernière édition par Arun le Mer 10 Juin 2015 - 15:02, édité 2 fois


"Le mouton n'a pas mangé la rose et le Petit Prince n'est pas mort"

avatar

Arun
Tour de contrôle


http://www.suzannephilippe.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Comme un avion - Bruno Podalydès

Message  bergamote le Mer 10 Juin 2015 - 14:52

que du monde en effet ! merci Arun!
avatar

bergamote
Le sage ArtiLittere


http://mariechevalier.over-blog.fr/

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum