Rosetta

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Rosetta

Message  Arun le Sam 20 Juin 2015 - 14:24

Rosetta


Rosetta est une mission spatiale de l'Agence spatiale européenne (ASE/ESA) dont l'objectif principal est de recueillir des données sur la composition du noyau de la comète 67P Churyumov-Gerasimenko et sur son comportement à l'approche du Soleil. La sonde spatiale, d'une masse de trois tonnes, s'est placée en orbite autour de la comète puis, après une période d'observation de plusieurs mois, a envoyé le 12 novembre 2014 un petit atterrisseur, Philae, se poser sur sa surface pour analyser in situ la composition de son sol et sa structure. Rosetta constitue un projet phare pour l'ESA qui y a investi plus d'un milliard d'euros. Le comité scientifique européen a décidé sa construction en 1993, après l'abandon d'un projet commun avec la NASA, avec l'objectif d'améliorer notre connaissance du processus de formation du Système solaire dont les comètes constituent des vestiges.

Présentation de Philae (petit robot atterisseur attaché à la sonde Rosetta)

L’atterrisseur Philae est un engin complexe qui possède toutes les caractéristiques d’un satellite classique en termes d’autonomie et de résistance à l’environnement spatial, en plus des spécificités qui lui permettront de se séparer de son module mère et de se poser dans de bonnes conditions sur la comète.

La charge utile scientifique est elle aussi complexe puisque composée de 10 instruments, qui comportent plusieurs expériences ayant souvent elles-mêmes plusieurs modes de fonctionnement. Chaque instrument a donc son électronique de commande et son logiciel de vol.

Philae présente 3 phases de fonctionnement très différentes : quand il est attaché à l’orbiteur, quand il fonctionne sur la pile (avec une certaine quantité d’énergie disponible immédiatement) et quand il fonctionne sur sa batterie rechargeable.

Les communications de Philae avec la Terre passent toujours par l’orbiteur.

Comme tous les véhicules spatiaux, on distingue 2 parties fondamentales dans Philae. La plateforme est chargée de fournir tout ce qui est nécessaire au fonctionnement de la charge utile scientifique et son interface avec ses utilisateurs à partir de l’environnement local (distance au Soleil, température, durée du jour, visibilités avec l’orbiteur ...).

La plateforme de Philae est constituée de 8 sous-systèmes et la charge utile de 10 instruments scientifiques.

Les principales caractéristiques sont les suivantes :

   une masse totale de 98 kg dont 22 kg pour les instruments.
   une énergie disponible de 1300 Wh (piles), de 140 Wh (batteries) et une puissance moyenne minimale de 9 W à partir des       cellules solaires.
   une mémoire bord de 2 x 16 Mo.
   une liaison avec l'orbiteur à 16 kb/s.

Les commandes destinées aux instruments et les données en provenance des instruments sont gérées par l'électronique de vol centrale qui applique les priorités et les datations décidées au sol.

Les séquences de commande sont téléchargées normalement plusieurs jours à l’avance. La boucle de programmation minimale de télécommande, réception des télémesures est en urgence au minimum de 3 heures : 25 mn aller et 25 mn, retour rien qu’en temps de transmission orbiteur-Terre, uniquement possible en cas de visibilité orbiteur-atterrisseur.

L’atterrisseur va fonctionner sur ses piles quelques jours, puis sur ses batteries rechargeables plusieurs mois.

Philae a été conçu, développé, testé et est opéré par un consortium de 8 pays européens.


Mission Rosetta : des résultats scientifiques, le réveil de Philae sur sa comète, et maintenant ?

En hibernation depuis sept mois, le module Philae recommence à communiquer avec Rosetta, et donc avec la Terre. Entre temps, les scientifiques n'ont pas chômé et les premiers résultats concrets sont tombés. Tour d'horizon de ce qui s'est passé et de ce qu'il faut encore attendre de cette mission spatiale imaginée il y a plus de 30 ans.

Le 12 novembre 2014 était un grand jour pour l'Agence spatiale européenne (ESA) : le module Philae, largué par l'orbiteur Rosetta, se posait sur la surface de la comète 67P/Tchourioumov-Guerassimenko qui se trouvait alors à environ 500 millions de kilomètres de la Terre. Selon les scientifiques, cette dernière aurait été formée il y a 4,5 milliards d'années et très loin de notre système solaire, ce qui la rend justement très intéressante à analyser.

Il s'agit d'une première mondiale, mais aussi d'un « succès médiatique pour l'Europe » pour l'astrophysicien Stéphane Le Mouélic qui travaille au laboratoire de Planétologie et Géodynamique (Université de Nantes, Université d'Angers, CNRS), et qui est aussi membre de l'équipe de la caméra CIVA sur l'atterrisseur Philae. La bonne nouvelle, c'est que cette aventure est loin d'être terminée, que ce soit du côté des retombées scientifiques ou des expériences à venir.

Un long voyage : 6,5 milliards de km, 7 mois en hibernation et c'est loin d'être fini !

Philae redonne de ses nouvelles après un silence de plusieurs jours
Le robot qui se trouve sur la comète Tchouri s'était réveillé le 13 juin mais n'avait pas donné de nouvelles depuis plusieurs jours. Le contact a finalement été rétabli vendredi.

Le robot européen Philae, qui se trouve sur la comète "Tchouri" et n'avait pas donné de ses nouvelles depuis plusieurs jours, a réussi à communiquer vendredi pendant 19 minutes avec la sonde Rosetta, a annoncé le DLR, l'agence spatiale allemande. Le robot-laboratoire, qui s'est réveillé le 13 juin après sept mois d'hibernation, avait réussi ce jour-là à communiquer pendant deux minutes avec la Terre via la sonde et à transmettre des données. Le lendemain il y avait eu à nouveau un contact mais de mauvaise qualité. Depuis il était resté silencieux.

Ce troisième contact confirme que "Philae va très bien", indique le DLR dans un communiqué. Pour améliorer les communications avec Philae, les équipes de Rosetta qui escorte la comète dans sa course vers le Soleil, ont décidé de modifier le plan de vol de la sonde. Le contact a été rétabli vendredi entre 15h20 et 15H39 heure de Paris, précise le DLR qui se charge du pilotage du robot pour l'Agence spatiale européenne (ESA). Le robot-laboratoire a envoyé des données notamment sur l'état du module.


La batterie, facteur crucial de la réussite du robot

"À présent, l'atterrisseur opère à une température de 0 degré Celsius, ce qui signifie que la batterie est assez chaude pour stocker de l'énergie", indique le DLR. "Cela veut dire que Philae pourra aussi travailler pendant la nuit", ajoute le DLR. Ces derniers temps, Philae fonctionnait la journée grâce à ses panneaux solaires mais sa batterie était trop froide pour se recharger. Sur la comète, le jour dure un peu plus de 12 heures.

Le robot, qui s'est posé entre des falaises et est resté à l'ombre pendant plusieurs mois, a aussi envoyé des données enregistrées la semaine dernière. Les ingénieurs ont pu constater que la luminosité s'était accrue car la comète se rapproche du Soleil. "À la fin du contact, ses quatre panneaux solaires recevaient de l'énergie", précise le DLR.

Dix outils à bord du robot

Vendredi, "la communication a subi plusieurs interruptions mais sinon c'était la première fois que le signal était stable sur une longue période", relève le DLR. "Nous avons besoin d'un contact stable et long pour pouvoir lancer les expériences comme prévu", souligne le DLR.

Philae est doté de dix instruments. Les scientifiques espèrent notamment qu'il permettra de trouver des molécules organiques complexes qui pourraient donner des clefs sur l'apparition de la vie sur Terre. Le robot a réalisé le 12 novembre une première historique en atterrissant sur le noyau de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko. Il a travaillé pendant 60 heures avant de s'assoupir faute d'un ensoleillement suffisant pour permettre à ses batteries solaires de fonctionner.


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Re: Rosetta

Message  Sapho le Sam 20 Juin 2015 - 14:31

Ca laisse rêveur..........


http://www.20minutes.fr/sciences/1635887-20150620-mission-rosetta-philae-donne-petites-nouvelles (voir vidéo )
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Re: Rosetta

Message  Arun le Sam 20 Juin 2015 - 15:42

Merci Sapho pour le lien ! j'avais vu le reportage, je pensais en "parler" de suite sur le forum, mais j'ai tout simplement oublié cela. Comme j'ai fini le gros livre de "André Brahic", j'ai ouvert cette catégorie à cette intention et, ma pensée est revenu à cette actualité. Cheminement de mon cerveau Idea


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Re: Rosetta

Message  Sapho le Ven 31 Juil 2015 - 14:56



Des molécules organiques inédites sur une comète, une structure assez variée en surface mais plutôt homogène en profondeur, des composés organiques formant des amas et non dispersés dans la glace…



Philae ne donne plus signe de vie depuis le 9 juillet dernier, mais le petit robot, largué en novembre 2014 par la sonde Rosetta, de l’Agence spatiale européenne (ESA), sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, livre tout de même les résultats scientifiques de "Tchouri".

"Ce qui est fantastique, c’est que pour la première fois dans l’histoire de l’étude des comètes, nous avons accès à la vérité du terrain. Tout ce que nous savions jusqu’ici venait d’observations lointaines ou de survols par des sondes", s’enthousiasme Nicolas Altobelli, responsable de la mission Rosetta à l’ESA. Jean-Pierre Bibring, professeur à l’université Paris-Sud et responsable scientifique de Philae d'ajouter : "Ce que nous apprenons sur cette comète est très éloigné de ce que nous imaginions. C’est à cela que l’on reconnaît les découvertes importantes".

Les images et les mesures réalisées par l’atterrisseur renouvellent la vision des comètes, petits corps célestes faits de gaz gelés et de poussières. Philae, a rebondi, après avoir touché la surface de Tchouri, avant de se poser environ un kilomètre plus loin. Sur le premier site d’impact, baptisé Agilkia, le terrain est meuble, couvert de matériaux granuleux sur une vingtaine de centimètres d’épaisseur. Au point de chute final, Abydos, le sol glacé est beaucoup plus dur.


"Jusqu'ici, nous pensions qu'une comète était essentiellement un bloc de glace avec des grains et des molécules piégés à l'intérieur et qu'elle devrait donc présenter, quand on l'observerait depuis sa surface, des zones claires, brillantes... Ce n'est pas du tout le cas. Au contraire, ce que l'on a observé avec Philae, quelle que soit l'échelle à laquelle on regarde, y compris à l'échelle submillimétrique avec l'outil Civa, c'est toujours le même matériau qui domine, un matériau très sombre. Et quand je dis sombre, c'est deux à trois fois plus que les parties les plus sombres de la Lune !", conclut l'astrophysicien...


Civa voit de la matière organique agglomérée en grains

Les caméras de l’expérience Civa (Comet infrared and visible analyser) ont révélé que les terrains proches du site d’atterrissage final de Philae sont dominés par des agglomérats sombres qui sont vraisemblablement de gros grains de molécules organiques. Les matériaux des comètes ayant été très peu modifiés depuis leurs origines, cela signifie qu’aux premiers temps du Système solaire, les composés organiques étaient déjà agglomérés sous forme de grains et pas uniquement comme de petites molécules piégées dans la glace comme on le pensait jusqu’à présent. Ce sont de tels grains qui, introduits dans des océans planétaires, auraient pu y favoriser l’émergence du vivant.



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Re: Rosetta

Message  Arun le Mar 4 Aoû 2015 - 8:48

Passionnant ! merci pour ces dernières infos Sapho ! I love you


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Re: Rosetta

Message  Sapho le Dim 1 Nov 2015 - 16:33


Rosetta : l'oxygène de Tchouri, une énigme pour la cosmogonie

Les cosmogonistes en étaient sûrs : les molécules d'oxygène, trop réactives chimiquement et sensibles aux rayonnements, ne pouvaient pas durer longtemps ni se trouver incorporées massivement dans les comètes au début de la formation du Système solaire. L'instrument Rosina de la sonde Rosetta semble pourtant leur donner tort. En effet, de telles molécules s'échappent constamment de la comète Tchouri.

Comme le rappelait il y a tout juste un an le court métrage Ambition – produit par l’Agence spatiale européenne (Esa) en collaboration avec Platige Image –, l’un des principaux buts de la mission Rosetta est de mieux comprendre l’origine de l’eau sur Terre et donc de la vie. Les cosmochimistes étudiant la cosmogonie du Système solaire savaient que la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko contenait également des informations précieuses sur la naissance du Soleil et des planètes. Mais ils ne s’attendaient pas à la découverte de l’important dégazage d’oxygène moléculaire par la comète Tchouri, révélée par un article paru dans Nature.

Cet oxygène moléculaire (O2) est le même que celui que nous respirons sur Terre ; ce serait pourtant une erreur d’en conclure que ce dernier vient des comètes. Nous savons qu’il a été engendré par des organismes photosynthétiques sur notre planète il y a des milliards d’années, notamment ceux à l’origine des stromatolites. Quant à celui découvert dans l’atmosphère de 67P/Churyumov-Gerasimenko, son origine est pour le moment énigmatique.

Les astrophysiciens sont partis à la chasse à l’oxygène moléculaire dans l’univers depuis longtemps. Bien que la nucléosynthèse stellaire ait fait des noyaux d’oxygène l’élément le plus abondant du cosmos après l’hydrogène et l’hélium produits lors du Big Bang, on n’en détecte peu sous forme d’O2. La raison en est que cette molécule est très réactive et qu’elle se brise facilement sous l’effet du rayonnement ultraviolet intense des jeunes étoiles par exemple. L’oxygène va donc avoir tendance à se combiner avec d’autres atomes, en particulier celui d'hydrogène avec lequel il va former des molécules d’eau.

Le dioxygène est rare dans le milieu interstellaire ; il l’est aussi dans le Système solaire (ailleurs que sur Terre). On le détecte toutefois sur les lunes glacées de Jupiter et Saturne mais, jusqu’à présent, rien n’indiquait sa présence dans les comètes. Les chercheurs ont donc été très surpris lorsque l’instrument Rosina (pour Rosetta Orbiter Spectrometer for Ion and Neutral Analysis, en anglais) a révélé, à l’aide de mesures effectuées entre septembre 2014 et mars 2015, que le nuage formant la queue de la comète contenait des molécules d’oxygène et qu'elles étaient abondantes – dans un rapport de 4 % avec les molécules d’eau précisément, et même parfois 10 %.

Le dioxygène, une contrainte pour les modèles de cosmogonie

Les chercheurs ont été doublement surpris par cette découverte. En effet, les modèles cosmogoniques de la formation du Système solaire ne prédisent pas que l'on puisse observer une telle quantité d’O2 dans une comète. À tel point que certains chercheurs se demandent s’il ne faudrait pas réviser ces modèles.

Avant d’en arriver à cette conclusion, il a d’abord fallu examiner la possibilité que cette molécule se soit formée après la naissance de la comète, il y a plus de 4,5 milliards d’années. En effet, le rayonnement ultraviolet ainsi que les rayons cosmiques qui abondent dans l’espace interplanétaire sont en mesure de briser les molécules d’eau des petits corps glacés (on parle respectivement de photolyse et de radiolyse), ce qui conduit finalement à la formation d’atomes puis de molécules d’oxygène et même d’ozone. Ce phénomène est observé avec les lunes de Saturne et même avec ses anneaux.

Toutefois, Rosina n’a pas mis en évidence d’ozone autour de Tchouri. Et il y a plus… La quantité d’O2 libérée l’est dans une proportion quasi constante avec celle de vapeur d’eau, ce qui suggère bien une origine commune. Mais, si les molécules d’O2 provenaient de l’irradiation des molécules d’eau au cours des milliards d’années passées par la comète loin du Soleil ou du fait du rayonnement ultraviolet intense de notre étoile lorsqu’elle s’en approche, seule une mince couche sous la surface de la comète devrait contenir du dioxygène. Cette couche disparaissant rapidement à l’approche du Soleil, le rapport O2 / H2O devrait aller en décroissant rapidement. Or ce n’est pas du tout ce qui est observé.

La conclusion semble imparable. L’oxygène moléculaire doit être présent dans l’ensemble de la comète et il doit être d’origine très primordiale. Il a forcément été incorporé dans le processus même de croissance de 67P/Churyumov-Gerasimenko. Il faut aussi en conclure que ce processus s'est fait à des températures plus basses et de façon moins violente que prévu. Il s'agit de contraintes sur l'histoire très primitive du Système solaire dont la signification n'est pas encore bien comprise.


A suivre prochainement dans d'autres revues scientifiques !!
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Re: Rosetta

Message  Arun le Mar 3 Nov 2015 - 19:46

Ah, des nouvelles de Rosetta ! Demain, j'essaie de trouver d'autres informations. Ce soir, je suis sur ma tablette.

En tout cas, grand merci d'entretenir ce fil chère Sapho ! Very Happy


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Re: Rosetta

Message  Arun le Jeu 4 Fév 2016 - 11:04

Adieu Philae, tu as notre reconnaissance éternelle !

Nicolas Delesalle Publié le 03/02/2016.




Voilà, c'est fini. Philae s'est éteint et son petit corps en métallique gît pour l'éternité dans le silence infini des astres. Nous lui adressons donc une (émouvante) lettre d'adieu.

Cher Philae,

Tous les spécialistes te donnent mort à l'heure qu'il est, mais peut-être respires-tu encore un peu. Qui sait ? Un mince filet d'électrons glisse peut-être encore dans tes veines en plastique. Je voulais te parler une dernière fois mon vieux, te dire ces mots simples qu'on susurre à l'oreille de ceux qui nous sont chers et qui vont partir. Jamais je n'aurais pensé un jour écrire un éloge funèbre à une machine, mais vois-tu, l'oraison a ses raisons que la raison ne connaît pas et à cet instant où ton petit corps métallique gît dans la poussière et le silence infini des astres, à 329 millions de kilomètres de la Terre, j'avais vraiment envie de m'ouvrir à toi.

Je t'imagine à la surface de cette comète Tchourioumov-Guérassimenko qui s'éloigne du soleil à toute vitesse, vingt kilomètres par seconde, entre Mars et Jupiter, seul avec tes quelques watts, incapable de communiquer avec personne. Que le Soleil doit te sembler pâle, qu'elle doit te paraître loin, ton enfance, ta jeunesse terrestre dans les mains des ingénieurs des années 90. Tu es né à l'espace le 2 mars 2004 à 7h17, projeté hors de notre monde dans une fusée Ariane V. Gros bébé de 100 kilos couvé par Rosetta, ta sonde mère, tu as parcouru 512 millions de kilomètres, assoupi dans ses bras, jusqu'à ton éveil, le 12 novembre 2014.

“Ton quintal ne pesait plus qu'un gramme.”

Ce jour-là, tu as fait ce qu'aucun robot n'avait accompli jusque-là : tu as marché sur une comète. Sur Terre, les lave-linge, les ordinateurs de bureau et les téléphones dits « intelligents » crépitaient de jalousie. L'atterrissage sur 67 P fut périlleux, tu as rebondi plusieurs fois et tu t'es immobilisé à plus d'un kilomètre de l'endroit où tu devais t'arrimer au départ, si tes harpons avaient fonctionné. Philae, tu es un sacré bonhomme. Tu t'es posé n'importe comment, de traviole sur la croûte noire de la comète, contre une paroi rocheuse qui t'empêchait de profiter du Soleil, mais sur Terre, le monde entier a applaudi.

Sur la comète, ton quintal ne pesait plus qu'un gramme. Tu t'es mis au boulot en prenant mille précautions. Le moindre mouvement brusque pouvait t'envoyer dans le vide intersidéral. Personne n'a jamais su où tu te trouvais sur la comète, mais tes données, retransmises par Rosetta, sont arrivées sur Terre. Beau gosse, tu as foré le premier trou sur une comète. Tu as réalisé un sondage électrique et acoustique du sol, étudié l'environnement magnétique et le plasma local ainsi que l'influence du vent solaire. Plus tard, on a su que tu avais découvert quantité de matières organiques sur la comète Tchouri. Les informations que tu as envoyées permettront aux chercheurs de mieux comprendre la formation de notre système solaire.

Mais après ton exploit, l'énergie a très vite commencé à manquer. Alors, pour nourrir de lumière tes panneaux solaires, dans un effort sublime, tu t'es soulevé de quatre centimètres et tu as opéré une rotation de 35°. Des mouvements si simples sur Terre. Si complexes à réaliser là-bas. Et puis, tu es arrivé au bout de tes forces. Résignés, tes pères, sur Terre, t'ont endormi, le 15 novembre 2014, après 60 heures de travail.

Les ingénieurs de l'ESA, du Cnes et de l'agence spatiale allemande (DLS) espéraient qu'en s'approchant du Soleil avec ta comète, tu te réchaufferais, tu te gorgerais d'énergie. Tu as dormi jusqu'au 13 juin 2015, deux mois avant que ta comète ne s'approche au plus près du soleil. Le périhélie. Ce jour-là, tu es entré en communication avec Rosetta pendant environ deux minutes. Vers 22 heures, tu as transmis une quarantaine de secondes de données qui ont été captées par ta sonde mère qui te survolait alors à 20 kilomètres d'altitude. Tes derniers « mots ».

“Le jour où nous tuerons Philae, ce sera comme tuer Bambi”, Mark McCaughrean

Chacun sait que lorsqu'elle s'approche du soleil, une comète se met à dégazer, ce qui crée un merveilleux panache de poussières sur son sillage. Mais toi, Philae, tu risquais ta peau entre ces jets de gaz, tes circuits cuisaient. Tu étais au-dessus du volcan. Rosetta s'est éloignée pour se préserver des projections de matière. Quand elle est revenue en novembre 2015, tu n'as plus répondu. Probablement, ne répondras-tu plus jamais à personne.

C'est étrange d'observer comme ton statut a changé au cours du temps ; de bête robot à trois pattes, tu es devenu par le jeu de la communication et de l'anthropomorphisme, sinon un égal, au moins une part de nous, un prolongement. « Philae est presque devenu une entité vivante », a dit à l'AFP Philippe Gaudon, le responsable du projet Rosetta au Cnes à Toulouse depuis 2004. Il paraît qu'à l'ESA, ils préparent une réunion pour décider de la manière d'annoncer au grand public ta mort, Philae. « Le jour où nous tuerons Philae, ce sera comme tuer Bambi », a dit en novembre Mark McCaughrean, conseiller scientifique de l'ESA. Je pense que dans ses fantasmes les plus fous, l'agence spatiale européenne n'imaginait pas que tu attirerais autant de sympathie, que tu deviendrais cet espèce de Wall-E cométaire.

A travers ces mots simples, Philae, au nom des autres terriens humains et des lave-vaisselle épatés par tes aventures, je m'adresse évidemment aussi à tous ces ingénieurs, ces chercheurs qui ont rendu possible ton périple fou. A ces femmes et ces hommes qui réenchantent le monde en parvenant à poser des robots sur des comètes lointaines. Il paraît d'ailleurs que ces gens-là, tes parents, ont décidé de faire atterrir ta sonde mère Rosetta sur Tchouri en septembre 2016, pour clore la mission avec panache. Avec ses panneaux solaires de 35 mètres de long et son antenne de deux mètres de diamètre, la sonde a de très fortes probabilités de s'écraser. Si ses instruments survivent à l'atterrissage, Rosetta finira ton travail, Philae. Si elle meurt, on aura une raison de se réjouir : tu ne seras pas seul pour l'éternité.






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Re: Rosetta

Message  Sapho le Jeu 4 Fév 2016 - 15:21

Je fais souvent de l'anthropomorphisme avec les animaux au grand dam des gens qui m'entourent me traitant parfois de sentimentale.

Cette lettre écrite comme si l'on parlait d'un être humain m'a fort émue. C'est vrai que le merveilleux travail qu'à effectué Philae a engendré un attachement presqu'animal entre l'homme et la machine !

Adieu Philae et merci de nous avoir fait rêver ! Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven
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Re: Rosetta

Message  Sapho le Jeu 4 Fév 2016 - 15:28



Fenêtre sur un monde inconnu

Pour l'Agence spatiale européenne, Philae a obtenu environ 80 % des résultats que l'on pouvait espérer de lui. Parmi les manques, l'équipe de l'instrument COSAC n'a finalement jamais pu analyser d'échantillon de sol cométaire. Et pour cause, Philae n'a jamais réussi à en prélever. Du fait de la position acrobatique du robot, une patte en l'air, sa foreuse, qui a été déclenchée juste avant que le robot ne s'assoupisse le 15 novembre 2014, a tourné dans le vide, manifestement trop loin du sol. « Néanmoins, nous nous sommes aperçus que nous avions finalement fait à peu près ce que nous voulions, puisqu'en rebondissant sur le sol Philae a soulevé un nuage de poussières dont certaines sont retombées dans l'instrument et ont été analysées. Un peu comme si nous avions eu un échantillon à tarif réduit ! » lance Michel Cabane.

« Bien sûr, Philae, en ne fonctionnant que sur sa batterie initiale, sans jamais réussir à se remettre à fonctionner sur l'énergie délivrée par ses panneaux solaires, ne nous a offert qu'un one shot [selon l'expression anglophone consacrée signifiant « un coup », NDLR]. Il n'a réalisé que les opérations pour lesquelles il était préprogrammé. Il est évident que, s'il avait pu travailler plus, nous aurions nous aussi pu travailler plus : vérifier, recouper, refaire des expériences en modifiant certains paramètres, etc. C'est de cette opportunité que les rebonds de Philae nous ont privés », explique le scientifique.
Néanmoins, ce « one shot » de Philae aura durablement bouleversé notre vision de ce que sont les comètes. Ces objets précieux qui recèlent du matériau primordial de notre système solaire. « Nous avons découvert des objets dont nous ignorions à peu près tout et sur lesquels à peu près tout ce que nous pensions s'est révélé faux », résume Jean-Pierre Bibring, responsable scientifique de Philae. « Une comète n'a rien d'une boule de neige sale qui aurait piégé quelques molécules organiques. C'est tout autre chose. Ce sont des objets beaucoup plus complexes que ce que nous pouvions imaginer », reconnaît l'astrophysicien.

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