Jeanne Cheral

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Jeanne Cheral

Message  Arun le Mer 1 Avr 2015 - 15:58



Chanson
"Avec sa voix sensuelle et une maturité nouvelle, la Nantaise creuse un peu plus son sillon dans la chanson française. Son nouvel album est plein de grâce, de culot et de profondeur.

Elle a toujours eu cet air d'équilibriste, un peu fragile, près de tomber. Capable aussi de s'envoler, aussi légère et gracieuse qu'une plume d'oiseau. Pour cette présence lumineuse qui balance entre hardiesse et timidité, pour l'ironie tendre et la profondeur de ses textes, Jeanne Cherhal est une chanteuse précieuse. Sans tambour ni trompette, elle est même devenue l'une des plus attachantes de sa génération. Pourquoi, alors, attendait-on son nouveau disque avec une fébrilité teintée d'inquiétude ? En 2006, L'Eau nous avait emportés par sa densité aérienne, qui cernait en douceur les sujets les plus complexes (Le Tissu reste sans doute la plus belle chanson jamais écrite sur le voile). Charade, sorti quatre ans plus tard, fut certes réussi, mais ne parvenait pas à cette même alchimie.

A l'époque, la jeune femme semblait se chercher, en quête d'elle-même et de son style, accouchant au forceps d'une pop-rock qui ne collait pas toujours à son monde de nuances.Et depuis ? Pas de disque. Une participation aux Françoises — un spectacle unique donné au Printemps de Bourges en 2010, où elle chantait avec Camille, La Grande Sophie, Olivia Ruiz, Emily Loizeau et Rosemary Standley (de Moriarty). Un rôle dans un opéra contemporain, The Second Woman. Puis, en 2012, un concert hommage à Véronique Sanson. Ce ne devait être qu'une récréation — qui laissait craindre une panne d'inspiration. Visiblement, ce fut une révélation.

Car Jeanne Cherhal a tout compris, et beaucoup retenu, du son si chaleureux des premiers albums de Sanson. Elle ne s'en cache pas : ce cinquième disque sonne comme un hommage, un exercice d'admiration, si bien digéré qu'il ne penche pas vers le plagiat, mais semble au contraire l'aider à s'exprimer tout à fait.

Dès le début, une longue intro, presque un générique, nous immerge dans des harmonies qu'on jurerait issues du début des années 1970. Musicalité charnelle et organique d'autant plus réjouissante qu'elle se fait rare sur la scène hexagonale — on sature de tous ces chanteurs qui, les uns après les autres, cèdent aux sonorités froides et synthétiques de la décennie 1980.

Quant au propos, il est, lui aussi, très sensuel. Corporel. Voire sexuel. Il enchante par son audace, parée d'une écriture non démonstrative (bien moins que sur Charade). Et il frappe par sa cohérence : plus on écoute les chansons, plus on découvre qu'elles se répondent, dans un jeu de miroirs multiples. Les deux premières (J'ai faim, L'Echappé) évoquent les lois du désir, trésor intime et, par essence, périssable. Les deux suivantes se font plus politiques : Noxolo dénonce l'ostracisme sexuel, Quand c'est non c'est non, chanté avec les Françoises, s'en prend aux violeurs. Puis c'est l'ardeur de la rencontre qui se retrouve croquée dans un Bingo joyeux, ou un Cheval de feu très... volcanique. Avec ses allusions sexuelles d'une parfaite limpidité, ce titre-ci consacre le culot de la chanteuse : le texte et la musique s'y gonflent de libido et s'y déploient comme un coït. Qu'elle semble loin, la petite Jeanne des débuts, qui montait sur scène affublée de deux tresses enfantines.

C'est qu'entre-temps la vie a pris ses aises. Elle l'a émerveillée et elle l'a blessée. Sur ce dernier sujet, les mots sont pudiques. En pointillés, on décèlera le manque, toujours vif, d'un disparu (Petite Fleur) ; l'amour et le respect portés à une survivante (Femme debout). On devinera l'ombre des parents, et le désir d'un enfant (Comme je t'attends). Sans doute, pour la chanteuse, le moment est-il venu de quitter pour de bon le monde de l'enfance. A 36 ans, Jeanne Cherhal n'a jamais semblé aussi ancrée dans sa vie, dans son chant et dans son écriture. Disque autobiographique ? Le titre, Histoire de J., laissera toujours planer un doute. Mais, derrière l'initiale, on est à peu près sûr de l'avoir reconnue. Amoureuse clairvoyante, résistant à la mièvrerie. Concernée par le monde, et qui ouvre le sien. Féministe viscérale, sachant célébrer l'union du masculin et du féminin.

Fin de l'expectative. Dès la première écoute, notre fébrilité inquiète s'était envolée. Aux suivantes (qu'on ne compte plus), c'est une sensation d'accomplissement qui envahit. Jeanne Cherhal nous a contraints à la patience, et elle a eu raison de prendre son temps : ce nouveau disque est son plus beau. Il dessine le portrait épanoui d'une femme libre, qui a fait de ses craintes une force. Il fait voir et entendre la vie, au point parfois d'ouvrir les yeux. On appelle cela une œuvre d'art. — Valérie Lehoux"



J'ai eu la chance de la rencontrer à Thonon, à ses débuts ! Elle avait deux petites tresses, l'air un peu intimidé, mais déjà une belle voix tout en douceur et profondeur.


Dernière édition par Arun le Mer 1 Avr 2015 - 17:56, édité 1 fois


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Re: Jeanne Cheral

Message  bergamote le Mer 1 Avr 2015 - 16:21

quelle jolie voix en effet
je ne connaissais pas cette artiste comme quoi parfois on rate ! merci Arun bisou
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