Juan Gabriel Vasquez (Colombie)

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Juan Gabriel Vasquez (Colombie)

Message  Arun le Mer 13 Jan 2016 - 12:18

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Biographie de Juan Gabriel Vasquez

Élevé dans une famille d'avocats anglophiles, il quitte sa Colombie natale son diplôme de droit en poche et part pour Paris où il entame des études de lettres à l’université de Paris III. Après avoir séjourné en Belgique, il s'installe à Barcelone et collabore à des suppléments littéraires. Journaliste reconnu, il travaille pour El Espectador et traduit également les œuvres de Victor Hugo et de E.M. Forster.

Loin de son pays, Juan Gabriel Vasquez trouve enfin la distance nécessaire qui lui permet d'écrire sur la Colombie, sujet principal de son œuvre et véritable obsession. Autour du tabou de la liste noire, 'Les Dénonciateurs', son premier roman, rapporte l'histoire d'un jeune journaliste qui découvre le passé de son pays et de son père durant la Seconde Guerre Mondiale. Le livre, réflexion sur le pouvoir de l'Histoire et de la littérature, est immédiatement acclamé par la critique internationale. En rédigeant son essai sur Joseph Conrad lui vient l'idée de son second roman, 'Histoire secrète du Costaguana', rencontre étonnante entre un Colombien et l'écrivain de renom. L'ouvrage reçoit le prix Qwerty du meilleur roman en langue espagnole et le prix Fundacion Libros et Letras de la meilleure œuvre de fiction, et projette définitivement Juan Gabriel Vasquez parmi les auteurs colombiens les plus importants des vingt-cinq dernières années.

Résumé de "Les réputations" :
Célèbre caricaturiste politique colombien, pouvant faire tomber un magistrat, renverser un député ou abroger une loi avec pour seules armes du papier et de l'encre de Chine, Javier Mallarino est une légende vivante.
Certains hommes politiques le craignent, d'autres l'encensent. Il a soixante-cinq ans et le pays vient de lui rendre un vibrant hommage, quand la visite d'une jeune femme le ramène vingt-huit années en arrière, à une soirée lointaine, à un "trou noir".
Qu'avait fait ce soir-là le député Adolfo Cuéllar et qu'avait vu exactement Javier Mallarino?

Deux questions qui conduisent le dessinateur à faire un douloureux examen de conscience et à reconsidérer sa place dans la société.

Juan Gabriel Vásquez poursuit dans ce magistral roman son exploration du passé, des failles de la mémoire et du croisement de l'intime et de l'Histoire.
Mais il livre surtout une intense réflexion sur les conséquences parfois dévastatrices de l'effacement des frontières entre vie privée et vie publique dans un monde où l'opinion et les médias détiennent un pouvoir grandissant

De l'avis de rotko :

Ce récit de 180 pages est très bien mené : on assiste à une cérémonie de consécration officielle d'un caricaturiste politique, Javier Mallarino, dont le trait incisif et les légendes caustiques ont marqué l'actualité sociale et politique, lui assurant un pouvoir redouté.
Pourtant une rencontre inattendue amène l'intéressé à se rappeler une aventure personnelle, et par suite un cruel dessin - qui eut des répercussions politiques et humaines importantes. Vient alors dans l'esprit du caricaturiste le temps du doute :
« Les certitudes acquises à un moment donné du passé pouvaient avec le temps cesser d'être des certitudes : un évènement survenait, un fait fortuit ou volontaire et , brusquement, son évidence était invalidée, les choses avérées cessaient d'être vraies, les choses vues et celles qui étaient survenues n'avaient jamais été vues et celles qui étaient survenues n'avaient jamais eu lieu : toutes ces réalités perdaient leurs place dans le temps et dans l'espace pour être englouties, pénétrer dans un autre monde ou une dimension différente et inconnues. »
J'ai bien aimé l'écriture à la 3e personne, distante du protagoniste, mais aussi parfois proche de lui et de ses pensées intimes. Pendant la cérémonie officielle, le caricaturiste joue son personnage, tout en suivant ses propres réflexions, le regard sur sa femme dont il est séparé.
Pour autant, l'auteur ne prend pas le parti de Javier Mallarino, il laisse le lecteur deviner ses doutes, réfléchir sur son rôle dans cette triste histoire - - dont on ne saura pas le fin mot. Il est vraisemblable qu'à une nouvelle lecture on jetterait un regard nouveau sur l'intrigue et sur la fin du récit.
En filigrane on s'interroge sur le pouvoir de la plume capable de sceller un destin, par un dessin ou une phrase lapidaire. «  La caricature[est] un aiguillon enrobé de miel », dit Mollarino, c'est-à-dire qu'on vise le plaisir des lecteurs aux dépens d'une victime, sacrifiée sur l'autel public.
Le titre « les réputations », concerne autant la vérité de l'artiste glorifié que l'homme politique sacrifié. Nous en sommes réduits, comme dans le monde contemporain des médias, à nous demander si le masque/réputation correspond à la personne, s'il l'étoffe ou s'il l'étouffe.
Les entourages respectifs sont aussi impliqués, y compris la fille du caricaturiste dont on parle peu dans le récit, mais qui, in fine, revient sur la scène.

J'ai donc apprécié ce roman sobre aux résonances multiples, car, comme le dessinateur satirique, le romancier décape les apparences pour mettre au jour une société, souvent très rapide dans ses jugements comme dans ses condamnations, qu'il s'agisse du quotidien ou de la vie officielle.


"Le mouton n'a pas mangé la rose et le Petit Prince n'est pas mort"

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Arun
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Re: Juan Gabriel Vasquez (Colombie)

Message  Sapho le Mer 13 Jan 2016 - 14:40


Je connais assez bien Vasquez et je ne manquerai certainement pas ce livre proposé !

D'autant plus que la critique est bonne !


De Juan Gabriel Vasquez, on en était resté à un roman remarquable : le bruit des choses qui tombent. Son successeur : Les réputations, s'il est en peu en-deçà, reste tout de même un excellent livre qui reprend les thèmes favoris de l'auteur colombien : la mémoire, l'oubli et la responsabilité de nos actes. Son héros, caricaturiste de son état, a bâti sa notoriété sur son acuité de la perception de la vie politique de son pays et son insolence provocatrice. On le sait, un bon dessin vaut largement plus qu'un éditorial et à l'heure où on le célèbre notre homme ne se doute pas qu'une histoire dont il ne se souvient même plus va remettre en cause toutes ses certitudes. Lui qui a fait et défait des réputations s'aperçoit, un peu tard, qu'il s'est peut-être trompé, qu'il n'a passé sa vie qu'à s'ériger en juge, sans tenir des dommages collatéraux. Comme toujours, l'élégance du style de Vasquez fait merveille. Dans Les réputations, il ne laisse aucun répit à son personnage principal, le précipitant de la cime vers l'abîme avec une précision qui s'apparente à de le cruauté. Mais ce faisant, il élargit le spectre et s'adresse à chacun d'entre nous. Qu'avons nous fait de nos vies ? N'avons pas, nous aussi, même en toute bonne foi, blessé ou davantage quelques uns de ceux qui nous ont côtoyés ? Comme l'écrivait René Char : "La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil." le roman de Juan Gabriel Vasquez en est la parfaite illustration.

Merci Arun pour le partage


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