Dany Laferrière

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Dany Laferrière

Message  Arun le Ven 22 Jan 2016 - 16:19

Dany Laferrière,
Dany Laferrière : "Jeune écrivain, je voulais m'échapper de la littérature française, trop littéraire"

L'écrivain et académicien haïtien autant que québécois, Dany Laferrière, était l'invité de France Info le mardi 12 janvier, six ans, jour pour jour après le terrible tremblement de terre qui a durablement touché Haïti avec plus de 200 000 morts.

Dany Laferrière publie en cette rentrée littéraire d'hiver, Mythologies américaines chez Grasset, un recueil de trois romans importants dans son œuvre et d'un inédit.

Ce recueil comporte des titres forts : Comment faire l'amour à un nègre sans se fatiguer, 1985, premier roman et premier succès; Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit? 1993; Le zoo Kâma-Sûtra tiré d'Eroshima, 1987 et, pour débuter ce recueil, Truman Capote au Park Hotel. Il s'agit d'un texte court dans lequel Dany Laferrière, votre narrateur, se promène dans Port au Prince et y croise la belle Ottilie, elle-même échappée d'un roman de l'américain Truman Capote.

Ce qui relie ces quatre textes, c'est une machine à écrire : une Remington 22 et un continent, l’Amérique, qu’il s’est approprié en devenant écrivain. Arrivé à Montréal en 1976 pour fuir la dictature de Duvalier, il travaille en usine mais rêve de marcher dans les pas d’Henry Miller et Charles Bukowski.

" L’écrivain n’a pas de nationalité, dit Dany Laferrière, il est de la langue et du pays de celui qui le lit". Entendre ces mots quand la France se torture sur la question de l'identité, c'est entendre la parole d'un homme libre qui a forcément une vision très distancié de cette question très franco-française. "L’identité, c’est comme le vélo, si on ne regarde que la roue avant, on tombe".



L'émission est disponible ICI

Mon avis :


Je l'ai vu et entendu également lors d'une émission sur Arte et je dois dire que l'envie de me procurer son dernier roman et de le découvrir est forte ! donc à suivre ...

Biographie

Né à Port-au-Prince en 1953 d’un père intellectuel et homme politique, Windsor Klébert Laferrière, et d’une mère archiviste à la mairie de Port-au-Prince, Marie Nelson, Windsor Klébert, qui deviendra Dany, passa son enfance avec sa grand-mère, Da, à Petit-Goâve, dans cet univers dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : L’Odeur du café et Le Charme des après-midi sans fin.

À la fin de ses études secondaires au collège Canado-Haïtien, Dany Laferrière commence à travailler à l’âge de dix-neuf ans à Radio Haïti Inter, et à l’hebdomadaire politico-culturel Le Petit Samedi soir. Il signait, à la même époque, de brefs portraits de peintres dans leur atelier pour le quotidien Le Nouvelliste.

À la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, il quitte précipitamment Port-au-Prince pour Montréal. Cet événement sera raconté dans son roman Le Cri des oiseaux fous.

Il débarque dans une ville en pleine effervescence des Jeux olympiques et à la veille des élections historiques qui amèneront l’équipe de René Lévesque au pouvoir pour changer à jamais le paysage politique du Québec.

Seul, il observe cette ville nouvelle, et s’acclimate difficilement à l’hiver, parcourant le quartier latin fourmillant d’artistes où il dépose ses pénates. C’est un homme libre de vingt-trois ans qui s’engage dans une nouvelle vie tout en luttant pour échapper à la nostalgie, à la solitude et à la misère.

Pendant huit ans, il enchaîne les emplois précaires, parfois dans des usines en banlieue de Montréal, logeant dans des chambres « crasseuses et lumineuses » sans cesser de caresser un vieux rêve d’écrivain. Il se procure chez un brocanteur de la rue Saint-Denis cette fameuse machine à écrire Remington 22, qui l’accompagnera pendant une dizaine de romans.

Le voilà installé dans sa baignoire « rose » avec du mauvais vin pour lire tous ces écrivains qu’il ne pouvait se payer à Port-au-Prince : Hemingway, Miller, Diderot, Tanizaki, Gombrowicz, Borges, Marie Chauvet, Bukowski, Boulgakov, Baldwin, Cendrars, Mishima, Marquez, Vargas Llosa, Salinger, Grass, Calvino, Roumain, Ducharme, Virginia Woolf... Il deviendra le lecteur passionné, « l’homme-livre » que l’on connaît.

Paraît, en 1985, le roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, qui explose dans le ciel littéraire du Québec.

À la suite du succès éclatant de son premier roman, la nouvelle télévision Quatre Saisons l’embauche en 1986 pour présenter la météo. Le Québec reçoit le choc d’un Noir annonçant la neige et les angoissantes blancheurs de février, tout cela avec légèreté et humour. Un nouveau personnage est né dans le paysage télévisuel. Ce qui l’amènera à la fameuse émission de Radio-Canada, La Bande des six, qui réunit six des meilleurs chroniqueurs de la presse québécoise.

1986, c’est aussi la mort de Jorge Luis Borges, ce vieux maître aveugle de Buenos Aires qu’il ne cessera jamais de lire. 1986, c’est surtout la fin de la dictature des Duvalier et un premier bref retour en Haïti. Avec son ami, l’écrivain Jean-Claude Charles, il parcourt le pays tout en tenant une chronique quotidienne pour Le Nouvelliste sur la débâcle des tontons macoutes et la fin du régime des Duvalier.

1989, la sortie du film tiré de son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, lui permet de se familiariser avec le cinéma. Le film provoque un scandale aux États-Unis où la plupart des grands médias l’ont censuré. Le cinéma influence grandement son écriture (Le Goût des jeunes filles). C’est l’époque où il fréquente le petit cinéma « Le Ouimetoscope », découvrant un cinéma d’auteur qui imprégnera son œuvre.

En 1990, il quitte Montréal avec sa famille pour Miami, afin d’échapper à l’hiver mais surtout à cette célébrité bruyante qui n’était pas compatible avec le silence intérieur qu’exige le travail d’écrivain. Il écrit paisiblement à Kendall dix romans en douze ans, des livres qui forment l’ossature de son œuvre, dont le fameux cycle haïtien : L’Odeur du café, Le Goût des jeunes filles, Le Charme des après-midi sans fin, La Chair du maître, Le Cri des oiseaux fous, Pays sans chapeau Miami, c’est l’époque studieuse où l’auteur travaille sans relâche, pas loin d’un petit lac dont il fait le tour chaque matin en ruminant les descriptions et les dialogues à écrire.

Printemps 1999, le Québec est le pays à l’honneur au Salon du livre de Paris. Invités de l’émission Bouillon de culture, de Bernard Pivot, avec Robert Lalonde et Gaétan Soucy, les trois écrivains québécois se distinguent ce soir-là. Dany Laferrière va jusqu’à souhaiter que l’on puisse remettre un jour le prix Nobel au Québec pour l’originalité de sa littérature.

Retour à Montréal après la sortie du Cri des oiseaux fous, son dixième roman, et fin de l’épisode de Miami.

Après une quinzaine d’année de travail acharné, Laferrière décide de cesser d’écrire de nouveaux récits pour prendre le temps de « revisiter » ses précédents romans. Il réécrit six romans, ajoutant de nouveaux chapitres, jusqu’à faire surgir une œuvre plus dense. Le procédé de réécriture à la manière Laferrière étonne considérablement la critique et encore davantage les universitaires.

Il redessine lui-même son œuvre, aménageant des passerelles entre les romans jusqu’à découvrir qu’il s’agit en fait d’un seul livre : une Autobiographie américaine. Cette Autobiographie américaine permet de lier les deux cycles, le cycle nord-américain, composé de romans urbains, agressifs, et le cycle haïtien, plus calme et empreint de la tendresse de Da, sauf lorsque l’action se déroule dans l’atmosphère de la dictature. Pendant longtemps, les critiques évoquent une autobiographie en dix romans. Il s’agit, selon Laferrière, d’un ensemble comprenant récits, romans et essais, qui forme aujourd’hui un corpus de vingt-deux ouvrages.

Après avoir scénarisé Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Le Goût des jeunes filles et participé activement à l’élaboration de Vers le sud, de Laurent Cantet, avec Charlotte Rampling, Laferrière scénarise et réalise son premier film Comment conquérir l’Amérique en une nuit. Il retrouve sur le plateau son vieux complice Maka Kotto dans ce film qui raconte une histoire pas trop éloignée de celle de cet enfant d’Haïti. Une narration où deux hommes échangent leurs expériences. L’oncle, qui vit depuis vingt ans à Montréal, décide de rentrer tandis que son jeune neveu arrive à Montréal pour y rester. On dirait deux paquebots se croisant dans la nuit sans se voir. Les critiques y ont pourtant vu un seul et même personnage : l’auteur n’a fait que mettre en scène deux périodes de sa vie.

En novembre 2009, Laferrière fait une rentrée remarquée avec L’Énigme du retour, qui a un vif succès au Québec avant de recevoir le prix Médicis. De nombreux prix suivront, dont le Grand Prix du livre de Montréal, le prix des libraires du Québec, le Combat des livres de Radio-Canada.

Janvier 2010, Laferrière se trouve à Port-au-Prince quand le séisme frappe le pays. Il note sur son carnet noir ses observations de manière si spontanée que les lecteurs auront l’impression de vivre l’évènement en direct. Tandis que la télévision montre les immeubles effondrés et compte les morts, Laferrière raconte la vie quotidienne dans une ville complètement brisée et les tentatives désespérées des gens pour garder une certaine dignité dans le malheur. La littérature, en s’éloignant du scandale, nous fait pénétrer dans l’intimité de la catastrophe.

Il publie en 2011, L’Art presque perdu de ne rien faire, qui rassemble ses chroniques sur Radio-Canada. Cet essai remporte un étonnant succès critique et de librairie.

Deux ans plus tard, en février 2013, il récidive avec Journal d’un écrivain en pyjama. Dans cet essai, Laferrière fait l’éloge de ses deux passions : l’écriture et la lecture, en deux cent deux chroniques sur des sujets aussi divers que la place de l’adjectif dans la phrase ou le plagiat dans les mœurs de la littérature. Ce livre intéressera l’écrivain en herbe comme le lecteur passionné. Il préside du 1er au 8 mai 2013 les Rencontres québécoises en Haïti, évènement qui rassemble une cinquantaine d’auteurs et de professionnels du livre haïtiens et québécois.

Élu à l’Académie française, le 12 décembre 2013, au fauteuil d’Hector Bianciotti (2e fauteuil).




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Re: Dany Laferrière

Message  Sapho le Lun 25 Jan 2016 - 15:12

Tu ne pouvais tomber mieux Arun, Danny Laferrière est l'un de mes écrivains préféré. J'ai lu de lui :


Cette grenade dans la main d'un nègre

Un ring: le territoire des Etats-Unis.
Deux boxeurs face à face, l'écrivain d'un côté, la société de l'autre. Boxe !
L'écrivain donne des coups : au racisme, aux clichés, à la pacotille hollywoodienne. Et il encaisse, célébrant le dynamisme du pays, sa foi inépuisable en sa propre puissance, son génie créatif.
Un exercice d'admiration entre Américains, dans ce pays où être, c'est vouloir être quelqu'un.

Ce livre n'est pas vraiment un roman mais un carnet de route.
L'introduction nous met tout de suite dans le bain:

" Ceci n'est pas un roman. Je le dis en pensant à Magritte dessinant une pipe "

Ce livre est le fruit de réflexions et de rencontres ainsi que de confrontations aux différentes facettes de la société américaine.

J'ai particulièrement aimé sa réflexion à propos de Norman Rockwell, cet artiste qui ne voyait pas de noirs autour de lui à Manhattan;
Idem pour Woody Allen;
ses réflexions à propos de Billie Holiday, Miles Davis, Basquiat, Magic Johnson, Toni Morisson, Walcott, James Baldwin

CE QUE J'EN PENSE

Il aborde de nombreuses facettes de la vie américaine avec beaucoup d'humour. Il est incisif, parfois subversif.


Il a de grandes connaissances littéraires. Il est drôle, ne se prend pas au sérieux, traite de sujets graves de façon décalée.
J'aime beaucoup le livre de cet auteur haïtien, vivant au Canada et aux Etats-Unis et écrivant en français.
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Re: Dany Laferrière

Message  Sapho le Lun 25 Jan 2016 - 15:15

J'ai lu également :



L'ENIGME DU RETOUR


Résumé :

Un jeune homme de vingt-trois ans a quitté son pays de façon précipitée. Un homme épuisé y retourne, trente-trois ans plus tard. Le jeune homme est passé de l’étouffante chaleur de Port-au-Prince à l’interminable hiver de Montréal. Du Sud au Nord. De la jeunesse à l’âge mûr. Entre ces deux pôles se trouve coincé le temps pourri de l’exil.

Une nuit, un coup de fil lui apprend le décès de son père à New York. Ce père qu’il n’a pratiquement vu qu’en photo. Cet événement le fait quitter la baignoire pour prendre la route. D’abord n’importe où, vers le nord; comme un adieu à cet univers de glace qui l’a tenu au frais si longtemps. Puis à New York pour les funérailles de son père, que l’exil avait rendu fou. Il compte le ramener à son village natal de Baradères, dans le sud d’Haïti. Pas le corps, qui appartient au voyage. Plutôt l’esprit. Des funérailles sans cadavre. Et le voici à Port-au-Prince, où il se terre dans une chambre à l’hôtel, n’osant regarder cette ville qu’il a tant rêvée là-bas dans sa baignoire, à Montréal.

Si, dans Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière s’était donné pour but de vider le concept d’identité de tout son contenu, il poursuit ici l’objectif contraire. Qu’est-ce qui fait que nous venons indéniablement d’un lieu, d’une culture ? Pourquoi sommes-nous toujours le fils de notre père ? Un roman à la forme neuve, originale, qui mêle haïku et narration. Un livre grave, poétique, onirique, réaliste. Le livre d’un très grand écrivain.


Quelques extraits que j'ai beaucoup aimés


" En fait, la véritable opposition n'est pas entre les pays, si différents soient-ils, mais entre ceux qui ont l'habitude de vivre sous d'autres latitudes et ceux qui ,'ont jamais fait face à une culture autre que la leur ".
Seul le voyage sans billet de retour peut nous sauver de la famille, du sang et de l'esprit de clocher. Ceux qui n'ont jamais quitté leur village s'installent dans un temps immobile qui à la longue peut être nocif pour le caractère ".



LE TEMPS DES LIVRES


" Dès que j'arrivais dans un nouvel appartement , je disposais mes bouquins sur la table. Tous déjà lus et relus. Je n'achetais un livre que si l'envie de le lire était plus forte que la faim qui me tenaillait. C'est encore le cas de beaucoup de gens. Quand notre condition change, on pense qu'il en est de même pour tout le monde. J'en connais qui doivent choisir constamment entre manger ou lire. Je consomme autant de viande ici en un hiver qu'un pauvre en mange en Haïti durant toute une vie. Je suis passé en si peu de temps de végétarien forcé en carnivore obligé. Dans ma vie d'avant, la nourriture était la préoccupation quotidienne. Tout tournait autour du ventre. Dès qu'on avait de quoi manger , tout était réglé. C'est une chose impossible à comprendre pour ceux qui ne l'on pas vécue".


A SUIVRE........
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Re: Dany Laferrière

Message  Sapho le Lun 25 Jan 2016 - 15:16


EXTRAITS DE : L'ENIGME DU RETOUR


" J'ai demandé à ce peintre aux pieds nus pourquoi peint-il toujours ces arbres croulant sous les fruits lourds et juteux alors que tout est désolation autour de lui?
Justement, me fait-il avec un sourire triste, qui veut accrocher dans son salon ce qu'il peut voir par la fenêtre. "




" Le poète Emile Nelligan a atteint l'immortalité pour avoir employé deux fois le mot neige dans ce vers très bref :
" Ah comme la neige a neigé"
Gilles Vigneault, lui, pour avoir chanté :
" Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver"
La gloire passe ici par la glace ".


" C'est avant de commencer qu'on a le loisir de penser à la célébrité car dès la première phrase écrite, on fait face à un archer sans visage qui vise d'abord l'ego."


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Re: Dany Laferrière

Message  Arun le Lun 25 Jan 2016 - 18:05

Ah ravie de ta réponse Sapho ! Je vais certainement me procurer un de ses romans très vite. Tes commentaires ont finis de me convaincre ! study
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Re: Dany Laferrière

Message  Sapho le Dim 24 Avr 2016 - 15:38

LIVRE LU : CHRONIQUE DE LA DERIVE DOUCE


Dany Laferrière raconte sa première année à Montréal en 1976, alors qu'il vient de quitter Haïti.

Eté 1976. Le Québec est captivé par les exploits de Nadia Comaneci qui passent en boucle à la télévision. À Montréal, les habitants n’ont pas encore la tête aux élections de novembre, qui amèneront René Lévesque au pouvoir. Pas plus que ce jeune homme de 23 ans qui débarque d’un vol en provenance d’Haïti : son principal souci consiste plutôt à trouver un taxi pour se rendre à son hôtel et à envisager la suite des opérations. Il s’appelle Dany Laferrière et, dans son pays natal, il était journaliste au Petit Samedi soir. Quelques semaines plus tôt, son collègue et ami Gasner Raymond a été trouvé mort sur une plage, la tête fracassée dans un sac. Un avertissement des Tontons macoutes envers ses confrères. Selon la rumeur, Laferrière sera le prochain sur la liste. Le voici donc en fuite dans cette mégapole où personne ne l’attend, et où tout est possible...

Paru au Québec en 1994, Chronique de la dérive douce raconte sa première année à Montréal ; dans la série de ses romans autobiographiques, c’est en quelque sorte son premier livre « québécois », tout comme L’Odeur du café sera son premier roman « haïtien ». En bonne logique, il aurait même pu être son premier texte tout court, puisqu’il raconte sa naissance à l’écriture et s’achève sur l’achat d’une machine à écrire Remington, début officiel de sa vie littéraire. Mais il faudra attendre neuf ans avant qu’il publie son premier texte, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, et qu’il rencontre le succès. Pour l’heure, Laferrière doit faire face aux urgences. S’acclimater à la ville, aux moeurs, à la langue sa langue natale reste le créole. Se loger dans des immeubles minables, au milieu d’une population de petits trafiquants et de repris de justice. Manger à la soupe populaire, ou braconner des pigeons dans les parcs pour les faire cuire au citron. Mais il n’y a pas que du sordide dans ce récit, loin s’en faut. Chronique raconte aussi l’apprentissage de la liberté dans la ville étrangère, avec une ivresse durable qui étonne l’auteur lui-même. Il marche interminablement dans les rues, s’assied sur les bancs pour regarder les gens, erre dans les couloirs du métro, songe qu’il a la vie devant lui. « Je constate, en souriant, que personne ne sait où je suis en ce moment. Je n’ai pas encore d’amis. Ni de domicile fixe. Ma vie est entre mes mains. »





QU'EN DIRE........


C'est un roman d’initiation à la prose poétique et précise qui relate à la fois une entrée dans la ville et une entrée dans la vie. J’y ai retrouvé avec plaisir ce narrateur faussement candide qui pose un regard plein de fraîcheur sur la mégalopole qu’il découvre. J’ai aimé son apologie de l’oisiveté, une prise de position positive à l’heure où on nous bassine avec la valeur travail comme seul accomplissement possible pour l’être humain. J’ai aimé les références littéraires toujours aussi présentes, j’ai aimé ce personnage qui passe son temps à lire et à regarder les filles passer , bref j’ai passé un excellent moment de lecture, comme d’habitude avec cet auteur !

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Re: Dany Laferrière

Message  Arun le Lun 25 Avr 2016 - 9:41

Encore un roman à retenir, le personnage central me plaît, du moins, d'après ce que tu en dis. Merci Sapho, de ce nouveau partage ! study study study
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