Saint Laurent

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Saint Laurent

Message  Admin le Mar 7 Oct 2014 - 16:09

Synopsis et détails


1967 - 1976. La rencontre de l'un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact.

Entre 1967 et 1976 : les années les plus créatives de la carrière du grand couturier Yves Saint-Laurent. Une période où tout se révèle chez le génie français de la haute-couture, un créateur aux prises avec ses démons et ceux de son époque. Homme pétri de contrastes, entre créativité et morbidité, Yves Saint-Laurent vit d’amours éperdues et conflictuelles avec Pierre Bergé ou Jacques de Basher et révèle autant de solitude que d’envie d’être aimé. Sa dépression chronique et son rapport si singulier à la réalité n'altèrent pas la star qu’il est déjà à cette période de sa vie même si son statut de génie lui en coûte chaque jour…

La critique de Télérama

"Qui suit de loin les sorties ­cinéma aura, ces jours-ci, l'impression d'un étrange bégaiement de l'actualité, avec ce deuxième film français consacré à Yves Saint Laurent, neuf mois après le premier, et au titre quasi identique — seul le prénom du créateur a disparu. De près, ces deux biopics diffèrent du tout au tout. Celui de Jalil Lespert racontait d'abord une histoire — l'histoire officielle. Celui de Bertrand ­Bonello joue et jongle, voire fantasme, avec les faits biographiques. Comme s'il s'agissait d'exhumer un monde évanoui. Autant dire, de retrouver un temps perdu.

YSL à la lumière de Marcel Proust, voilà la grande idée. Dès la première scène, Saint Laurent s'installe incognito dans une chambre de palace réservée par lui au nom de M. Swann... On sait quel culte le couturier vouait à l'auteur de La Recherche. Lors de son discours d'adieux, en 2002, il l'avait ­cité, non sans orgueil : « La magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre. » Bertrand Bonello s'en est souvenu, et au-delà des références explicites à ce culte (on voit Pierre ­Bergé — Jérémie Renier — offrir à Yves un tableau représentant la chambre de l'écrivain), il réussit un film subtilement, mystérieusement proustien.

Si la période couverte va de 1967 à 1976, le temps du film est mouvant, circulaire, tramé de réminiscences et de prémonitions — la vieillesse y dialogue avec l'enfance. Cette chronologie à la fois linéaire et déconstruite séduit ­intensément : on attend sans cesse la suite du récit tout en restant à la merci de scènes et de visions imprévisibles. D'un côté, la marche triomphale d'un couturier au sommet de sa créativité. De l'autre, l'infusion lente d'une mélancolie tournant à la déraison ; les ­addictions ravageuses qui contaminent l'image apollinienne du jeune homme au travail.

Sa mère (Dominique Sanda) lui cite un poème qu'il avait écrit à l'adolescence : « Tu as tout. La beauté, la richesse, la jeunesse. C'est beau d'être comme ça. Mais de cette vie, tu es déjà las. Tu n'en as plus envie. » Comme Proust fait rêver ses lecteurs à un monde aristocratique qu'il juge foncièrement décevant, le film donne un éclat fascinant aux jours et aux nuits d'un Saint Laurent miné par le désabusement précoce. Prostré sur une banquette du Sept, la boîte chic, pionnière du disco, il dit : « J'ai 33 ans et l'impression d'en avoir 100. » Mais le cinéaste, lui, éblouit par son style et ses trouvailles. Pour mettre en scène l'arrivée de la future muse Betty Catroux (Aymeline Valade), voilà un hommage inattendu et joyeux à ­Madame de... Pour l'apparition de Jacques de Bascher/Louis Garrel (lire ci-contre), Bertrand Bonello filme un coup de foudre au ralenti, à distance, avec travellings hypnotiques d'un bout à l'autre du club.

Tandis que son nom devient synonyme de multinationale, YSL s'absente de plus en plus, y compris de lui-même, en proie à « une fragilité qui le rend fou ». C'est le moment où apparaissent par intermittence un autre visage et un autre corps pour incarner le personnage. Non plus ceux, juvéniles et gracieux, de Gaspard Ulliel (qu'on ­découvre grand acteur), mais ceux d'Helmut Berger, comédien fétiche de Luchino Visconti, le plus proustien des cinéastes — qui devait le faire tourner dans son adaptation de La Recherche. Un coup de théâtre génial et cruel. ­Bonello va jusqu'à confronter son Saint Laurent âgé, déglingué, en larmes, avec la beauté vénéneuse d'Helmut dans Les Damnés, de Visconti, sur un écran de télé. La mise en abyme donne alors le vertige.

Cet étrange mélange de fêtes et de funérailles, de magie et de désenchantement culmine avec un défilé sublime, en 1976, dans les coulisses duquel YSL erre comme un fantôme : tout ou presque a été exécuté sans lui. On le célèbre comme jamais, mais il est devenu surnuméraire dans son propre empire. Hanté, à contretemps, par des passions charnelles trop peu ou trop mal vécues, il s'emprisonne, il s'évapore... Pourtant, cette image crépusculaire ne fige rien, le film rebondit encore. C'est l'une des grandeurs de ce biopic pas comme les autres : ne ­jamais prétendre faire le tour de son sujet, ni en percer les mystères. Quand Gaspard Ulliel, que l'on croit être le ­sosie parfait du couturier (on le croyait aussi de Pierre Niney), passe devant un authentique portrait d'YSL, par ­Andy Warhol, la ressemblance n'a plus rien d'évident, et Bertrand Bonello ne cherche pas à masquer l'écart. Yves Saint Laurent reste ailleurs. Insaisissable. — Louis Guichard

Jacques le fatal

« On dit que je ne fais rien, mais c'est faux : j'inspire Karl. » La réplique sort de la bouche de Louis Garrel, qui joue un certain Jacques de Bascher. Et « Karl » c'est, bien sûr, Lagerfeld, dont il était la muse, peut-être l'amant, en tout cas le grand amour. Jacques de Bascher fut l'homme le plus désiré et le plus chic du Paris gay des années 1970, entièrement voué à la fête et à l'élégance, dépeint comme un félin mais aussi comme un dandy morbide, adorateur de Huysmans. Après et avant tant d'autres, Yves Saint Laurent tomba sous son charme et le suivit jusqu'au bout de la nuit, non sans dommages pour son équilibre. L'épisode est évoqué dans le film de Jalil Lespert, mais beaucoup plus développé dans celui de Bertrand Bonello. Il est aussi raconté en détail dans le livre de la journaliste américaine Alicia Drake, Beautiful People, sur les itinéraires parallèles de Saint Laurent et Lagerfeld... Plus discret dans la nuit parisienne des années 1980, Jacques de Bascher est mort du sida en 1989."

Louis Guichard



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