Ken Follett

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Ken Follett

Message  Jocelyne le Jeu 2 Avr 2015 - 16:49

À l'occasion de la sortie de Un monde sans fin, suite des Piliers de la terre, j'avais interviewé Kent Follett, un auteur que j'apprécie, pas tant pour ses romans d'espionnage que pour ses sagas historiques…

Follett à la folie

A l’occasion de la sortie d’Un monde sans fin, suite du best-seller Les Piliers de la terre paru en 1990, Ken Follett – également auteur de nombreux thrillers à succès –, évoque pour nous cette monumentale fresque historique en deux volets sur le Moyen Âge anglais, de la construction des cathédrales à la peste noire.


Avec Les Piliers de la terre, vous avez abandonné l’univers du polar et de l’espionnage pour le roman historique. Pourquoi ?

J’avais tout juste quarante ans quand j’ai fini Les Piliers de la terre, qui m’ont pris quatre ans, j’ai donc commencé à l’âge de trente-six ans. Et quand on est jeune, on croit qu’on peut tout faire. On n’a pas peur. Et puis j’avais une passion pour les cathédrales. Je me suis dit qu’on pouvait écrire un très bon roman sur le thème de la construction d’une cathédrale. Et parce que je n’avais pas peur, j’ai commencé. J’aime beaucoup les thrillers, mais je ne me considère pas comme seulement un auteur de thrillers.

D’où vient cette fascination pour les cathédrales ?

Pas de ma famille. Mes parents sont des gens très dévots, mais dans une secte protestante, très très protestante. Extrêmement protestante. Pour ma famille une église, c’est une pièce nue, absolument sans décoration et surtout sans statues ni tableaux. Ça c’est strictement interdit ! J’ai donc découvert les grandes cathédrales assez tard vers l’âge de 21 ou 22 ans. Et j’ai été frappé du contraste.


Mais il a fallu quand même de longues années avant que vous n’écriviez sur le sujet…

J’avais tenté un essai en 1976. J’avais écrit quelques chapitres que j’ai montrés à mon agent. Il m’a dit « Ça ne marche pas du tout ! » J’ai donc laissé tombé et je me suis à écrire un autre roman : L’Arme à l’œil. Je crois que je n’étais pas encore prêt à écrire quelque chose d’aussi long que Les Piliers de la terre.


Votre modèle, c’est Canterbury ?

Non, pas Canterbury, plutôt Salisbury avec ses fenêtres ogivales.


En dehors des cathédrales qu’est-ce qui vous attire dans le Moyen Âge ?

Je pense que les hommes du Moyen Âge n’étaient pas très différents de nous, même s’ils vivaient dans un monde plus brutal, plus sale et plus cruel. Je suis fasciné par ces gens – tout comme mes lecteurs. En fait on s’imagine facilement soi-même transporté dans le Moyen Âge.


Côté cruauté, vous n’avez pas hésité dans vos deux romans. Certaines scènes sont particulièrement dures. Je pense aux descriptions des viols…

C’est vrai. Et c’est toujours une femme qui soulève la question quand je parle de mes livres dans une librairie ou que je donne une conférence. Mais je pense qu’il faut être honnête donc qu’il faut décrire ces choses au moins une ou deux fois dans le roman. Sinon on ne dresse pas un tableau exact de l’époque.


Presque vingt ans entre Les Piliers de la terre et Un monde sans fin. Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps ?

J’avais un peu peur de décevoir mes lecteurs qui avaient beaucoup aimé Les Piliers de la terre. Par ailleurs, une suite met normalement en scène les mêmes personnages. Or à la fin du roman, mes héros étaient soit morts soit très âgés. Et je me suis longtemps demandé quel thème pourrait rivaliser avec celui de la construction d’une cathédrale. Finalement, je suis tombé sur la peste noire. Celle dont je parle dans Un monde sans fin est la première « visite » de cette épidémie en Europe. Par la suite et durant quatre siècles, tous les quinze ans environ, elle a reparu. La dernière a frappé l’Angleterre en 1665.


Après Les Piliers de la terre, vous évoquiez une imagination tarie…

Quand j’ai eu terminé, je ne me sentais pas le courage de me remettre à écrire un ouvrage si long et si difficile. J’étais fatigué. C’est la seule fois dans ma carrière où j’ai ressenti un tel état. Mais après deux ou trois ans, j’aurais pu m’y remettre. Le problème, c’était de trouver le sujet…


Comment procédez-vous pour écrire de telles fresques ?

D’abord, je cherche dans l’Histoire des idées de drames et de conflits. Un roman se fonde toujours sur un conflit. Par exemple, en Angleterre après la peste noire, il manquait des ouvriers un peu partout. Ceux qui ont survécu ont essayé d’obtenir un salaire plus élevé. Une loi a alors été votée prescrivant que chacun devait travailler pour le salaire qu’il recevait en 1347, c’est-à-dire avant le début de l’épidémie. Ça c’est historique, et c’est ce qui m’a donné l’idée de placer les personnages de mon roman au cœur de ce conflit. Ensuite, je me penche sur les détails. Par exemple, le prix d’une vache à l’époque. Dans Un monde sans fin, j’étais obligé de le dire, ça fait partie de l’intrigue. Au fait, la réponse c’est 12 shillings…


De la même façon, l’histoire des teintures de tissu…

Oui, en Angleterre à cette époque, on ne savait pas obtenir une belle couleur rouge pour les tissus de laine. Ce sont les Italiens qui nous en ont transmis le secret.


Caris, votre héroïne, est une féministe…

Il y a à chaque époque des gens qui n’acceptent pas le rôle que la société veut leur faire jouer. Ces gens-là sont les plus intéressants. J’aime écrire sur les rebelles et Caris est une rebelle.


La peste noire a changé quelque chose dans la société et dans l’Église ?

Comme Karl Marx nous l’a appris, la société change tout le temps. Ce que j’ai voulu décrire c’est le changement dans la société qui s’est produit après la peste. Même l’Église a changé. Après la peste noire en Angleterre, John Wycliffe a traduit la Bible en anglais. Ce qui était interdit par l’Église. Mais c’était un conflit qui se situait à l’intérieur de l’institution. Cent cinquante ans après, Martin Luther accrochait ses « placards » sur les portes des églises.


Le nombre de personnages dans Un monde sans fin est impressionnant, comment vous y retrouvez-vous ?

Oui, il y a plus de deux cents personnages nommés. Je me suis aidé d’une feuille Excel. Avec pour chaque personnage, sa description physique et son âge. Excel calcule directement l’âge au fur et à mesure que mes personnages avancent dans le roman.


On dit que Tony Blair aurait servi de modèle pour le prieur Godwyn…

Au début du roman, Godwyn est idéaliste et honnête. Mais au fil du temps, il fait de mauvais choix moraux. J’ai pensé à plusieurs hommes qui ont agi comme ça. Tony en est un exemple. Au début, il ne mentait pas, mais à la fin il a menti sur les armes de Saddam Hussein. Je me suis demandé comment un jeune homme pouvait arriver à ça.



Y aura-t-il un troisième volet ?

Oui. Après mon prochain roman qui sera une trilogie sur le XXe siècle au travers de trois familles, une allemande, une britannique et une russe. Ça commence en 1914 avec la Première Guerre mondiale, le deuxième tome aura pour cadre la Seconde Guerre mondiale et le dernier volet, la guerre froide. J’ai prévu d’y consacrer sept ans. Ensuite, je reviendrai à Kingsbridge.




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Un monde sans fin
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Jocelyne
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Re: Ken Follett

Message  bergamote le Jeu 2 Avr 2015 - 16:52

alors là Jocelyne chapeau pour ces infos claires et précises
encore un que je ne connais pas Evil or Very Mad Evil or Very Mad
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bergamote
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Re: Ken Follett

Message  Invité le Sam 4 Avr 2015 - 14:13

Jocelyne j'adore lire Ken Follett



j'ai lu "le vol du frelon".

déjà, lu deux tomes du siècle 1: "la chute des géants " et ,"l'hiver ,du, monde".

j’attends que le 3° soit, disponible"aux portes de, l’éternité".

ensuite je lirai", pilliers de ,la terre" ,et..

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Re: Ken Follett

Message  Arun le Mar 7 Avr 2015 - 17:27

Jocelyne a écrit:
Je pense que les hommes du Moyen Âge n’étaient pas très différents de nous, même s’ils vivaient dans un monde plus brutal, plus sale et plus cruel. Je suis fasciné par ces gens – tout comme mes lecteurs. En fait on s’imagine facilement soi-même transporté dans le Moyen Âge.
Philosophe ou historien ? Je connais peu, mais la phrase que j'ai cité me parle. Le moyen âge est un siècle qui m'a toujours fasciné ! Smile


"Le mouton n'a pas mangé la rose et le Petit Prince n'est pas mort"

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