Les interviews de la rentrée littéraire

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Les interviews de la rentrée littéraire

Message  Arun le Jeu 8 Sep 2016 - 17:01

Du huit clos au récit imaginaire, c'est ICI



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Re: Les interviews de la rentrée littéraire

Message  Sapho le Ven 16 Sep 2016 - 15:17


J'attends beaucoup du livre de VENUS KHOURY-GHATA intitulé LES DERNIERS JOURS DE MANDELSTAM

Les critiques en général sont très bonnes.

Comment avez-vous découvert le poète Ossip Mandelstam ? Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos de son œuvre ?



J’ai participé à la constitution d’un numéro spécial de la revue Europe, paru en juin/juillet 2009 et dirigé par Jean-Baptiste Para. C’est là que j’ai découvert l’œuvre de Ossip Mandelstam. Cet homme a vécu une véritable vie de souffrance pendant la majorité de laquelle ses écrits ont été interdits. Il écrivait sous le sceau du secret et chaque fois qu’il tentait de revenir il était exilé ailleurs. Il est mort en déportation, en Sibérie.


Pourquoi avoir choisi de lui dédier un roman ? Qualifieriez-vous cet ouvrage de biographique ?



Lorsque j’ai découvert le travail de cet écrivain, j’ai été immédiatement envoutée, il m’a beaucoup inspiré et c’est pourquoi j’ai décidé de lui consacrer un livre. Aucune biographie officielle n’a le droit d’être publiée au sujet d`Ossip Mandelstamdelstam depuis la parution de celle réalisée par sa veuve. Il m’a alors fallu trouver un moyen qui me permettrait de raconter sa vie sans pour autant écrire une biographie au sens premier du terme. J’ai par conséquent choisi de faire une biographie dirons-nous émotionnelle et littéraire du poète : j’ai rédigé comme les choses me sont venues, spontanément.


Quel travail documentaire avez-vous effectué pour écrire le roman ? Quel degré de liberté vous êtes-vous accordé vis à vis des faits ?




Le travail que nous avons réalisé collectivement pour la revue Europe est l’une de mes principales sources, le dossier est très complet. J’ai aussi évidemment lu l’intégralité de son œuvre, ainsi que la superbe biographie qu’a rédigé la femme de Mandelstam.


Le roman s’ouvre sur Mandelstam à l’aune de sa mort et c’est au gré de ses souvenirs que l’on découvre sa vie, presque à rebours. Pourquoi avoir choisi cette trame narrative particulière ?



Ne faisant pas une biographie traditionnelle, j’ai décidé de partir du dernier mois où le poète vivait, alors qu’il était devenu complètement fou. Cela m’a permis de laisser une part importante à la fiction et c’est ce dont j’avais besoin. Par exemple, j’ai pu imaginer tous les moments où l’écrivain s’adresse à Staline, afin de mieux le représenter, car la folie me permettait de le faire parler tout seul. On peut prêter beaucoup de choses à un mourant fou ! La folie était la porte ouverte nécessaire à la fiction, voilà pourquoi j’ai mis en scène le poète à la fin de sa vie.


Nadejda, son épouse, est omniprésente dans votre roman. Quel rôle a-t-elle joué dans la vie de Mandelstam et dans son œuvre ?



Sans elle, Mandelstam serait mort dès sa première arrestation. Elle a véritablement soulagé son existence, soutenu envers et contre tout alors qu’ils vivaient en dehors de tous les critères de bien-être : ils n’avaient absolument rien. Ecrire était ce qu’il y avait de plus important pour le couple. C’est également elle qui travaillait ponctuellement en tant que traductrice pour rapporter les quelques pièces qui leur permettaient de survivre.


Seul dans sa prison russe, Mandelstam semble inconscient et perdu dans des pensées. Le poète était-il pour vous plutôt fou ou génie ?



Je dirais que Mandelstam à la fin de sa vie était à la foi fou et génial. Il n’était plus du tout capable d’écrire, il apprenait par cœur ses textes et sa femme devait les écrire pour lui. C’est grâce à elle que son œuvre a survécu. Son génie était là mais la folie dominait son corps et son esprit.


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Sapho
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Re: Les interviews de la rentrée littéraire

Message  Arun le Dim 6 Nov 2016 - 16:40

Merci Sapho pour ces dernières précisions fort intéressantes (découvertes sans doute avec un peu de retard) ! mais je sais que tu seras indulgente (beaucoup de travail actuellement).

"Le poète fou caché sous sa couverture continue à balbutier des choses. Ses mots refusent de mourir. Le vacarme des trains n'empêche pas le poète de se réciter ses poèmes, de les déclamer. Il entend des ovations. Il peut mourir en paix maintenant qu’il se sait apprécié. Moins fou, Mandelstam comprendrait que ce qu’il prend pour des ovations ne sont que des réclamations, ses camarades, des déportés comme lui, veulent du pain et pas des mots."

A lire absolument, j'en conviens !


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