Marie Chevalier

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Marie Chevalier

Message  bergamote le Sam 4 Avr 2015 - 17:53

une petite nouvelle écrite dans le cadre d'un jeu collectif : le thème était : en avril ne te découvre pas d'un fil

N’est-il pas vrai ?


Chéri ne prends pas froid ! Elle m’énerve ! Ça fait vingt ans qu’elle me serine cette phrase idiote ! Evidement que je vais faire attention de ne pas prendre froid, j’suis pas fou quand même. Si un peu mais pas pour ma santé j’y veille.

Je suis effectivement un peu fou sinon je ne serais pas là, n’est-il pas vrai ?

Qu’est- ce que j’ai fait ? J’ai tout simplement étranglé mon père avec son écharpe.

Elle n’aurait pas dû insister quand je suis sorti avec lui. Elle me hurlait de la fenêtre : attention, serre- lui bien son cache-col, il manquerait plus qu’il nous attrape une bronchite !tu connais le dicton mon fils : en avril ne te découvre pas d’un fil !
Je poussais le fauteuil roulant de Papa quand il me dit d’une toute petite voix: j’ai froid. Immédiatement j’ai repensé à la phrase de Maman. Mais Papa bon dieu tu veux me faire engueuler ! Elle va dire que c’est de ma faute !

Arrête d’éternuer, arrête de tousser ! Et en lui criant dessus je serrais le plus possible son écharpe écossaise. Un de mes cadeaux pour Noel. Papa est paralysé depuis qu’il a eu un accident de voiture parait-il dû à une bêtise de ma part. J’ai mis plein d’huile sur la pédale de freins, pour rire bien sûr et quand il a voulu freiner et bien, il s’est mangé le mur, le volant dans l’estomac et le bassin. Une horreur ! Ont dit les médecins.

Depuis ma mère me force à le promener. J’avais douze ans et il n’y a pas eu d’enquête très approfondie, c’était un accident n’est-il pas vrai ?

Mais vingt ans après je suis encore chez elle, je ne sais rien faire et puis cette histoire m’a quand même traumatisé et puis promener mon père devient une véritable sinécure. C’est pour cela que j’ai peut-être serré un peu fort son écharpe il y a deux ans. Mais cette fois, ils ne m’ont pas raté. Je suis en prison pour …. Ils ne le savent même pas.
Je suis donc un assassin, vous vous rendez compte ? Moi la crème des hommes. Moi qui mettais un manteau à mon chien pour qu’il ne prenne pas froid quand je le promenais. !

Mais voilà. Nous sommes en Avril et inlassablement, tous les ans, elle n’a que cette phrase à la bouche.

— Maman je te laisse on me demande au réfectoire

— Va mon fils mais fais attention à toi, ne prends pas froid, prend l’écharpe de ton père , les cellules sont froides surtout en cette saison et rappelle-toi bien : en Avril ne te découvre pas d’un fil.

— Oui Maman.

Dès que je sors de prison je l’étrangle avec l’écharpe de Papa, il y a des limites au harcèlement n’est-il pas vrai ?
(MC 03/04/2015)
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Re: Marie Chevalier

Message  Sapho le Lun 6 Avr 2015 - 15:41

J'aime beaucoup ton humour noir Marie, et je te retrouve bien dans ce dernier récit !

Bien écrit, thème surprenant, on attend mot après mot ce qui pourrait bien se passer! La lecture reste haletante même si le récit est très court !

Bravo ma belle bounce bounce bravo content respec bravo content respec
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Re: Marie Chevalier

Message  bergamote le Lun 6 Avr 2015 - 16:55

merci Sapho bisou
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Re: Marie Chevalier

Message  Arun le Mar 7 Avr 2015 - 8:39

Quel humour ! Humour noir certes mais si bien écrit. Vrai on reste toujours surpris par les chutes de tes textes Bergamote. Cela demande une habileté à manier les mots que j'admire en fait ! Un exercice de style impossible pour ma part et que je salue !


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Re: Marie Chevalier

Message  Jocelyne le Mar 7 Avr 2015 - 8:52

Je retrouve là ton style à la fois drôle et étonnant. C'est ce qui ressort de tous tes ouvrages (enfin, ceux que j'ai lus) et qui fait qu'on reste dans le doux-amer comme lorsqu'on croque dans une prune un peu acide. C'est revigorant.
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Re: Marie Chevalier

Message  bergamote le Mar 7 Avr 2015 - 9:02

I love you merci les filles bisou
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la mauvaise journée de Germain

Message  bergamote le Lun 13 Avr 2015 - 13:28

La mauvaise journée de Germain

Blanche était la couleur de sa robe ce jour- là : le jour le plus beau de la vie d’une femme dit-on. Pourtant Marielle était pâle, boudeuse et ne souriait pas aux photographes. Près d’elle, guindé dans son smoking loué, Germain ne la voyait pas. Il avait l’air de se demander ce qu’il faisait là et regardait partout autour de lui comme s’il cherchait quelqu’un du regard.

En effet intérieurement il était mal. Il n’avait prévenu personne. Sa mère lui avait recommandé de faire simple à cause des événements récents qui avaient mis mal à l’aise toute la famille.

Marielle et Germain s’étaient toujours connus.

Il avait pris la décision de la demander en mariage pour oublier qu’il sortait d’une histoire d’amour qui avait mal tourné. Sa compagne l’avait quitté car elle était enceinte et qu’il ne voulait pas d’enfant. Il l’avait suppliée de le faire « passer » l’avait menacée de partir loin d’elle. Elle était restée intraitable et un soir le studio était vide. C’était elle qui était partie sans lui laisser la possibilité de la retrouver. Seule sa robe rouge restait pendue dans l’armoire. Celle qu’elle portait quand ils s’étaient rencontrés Place St Michel et qu’il pleuvait des cordes. Le vêtement trempé la moulait et elle était insolemment sensuelle. Bien sûr il lui avait dit et avait ajouté : cette robe rouge Ma Dame, je ne veux vous voir qu’avec elle. Elle avait éclaté de rire en lui affirmant qu’elle préférait le blanc!

Quels merveilleux moments ils avaient-ils vécu. Les jours passaient trop vite jusqu’à ce qu’elle lui annonça la nouvelle et qu’elle parte quelques jours après son refus.
Aujourd’hui il avançait vers l’église.
Il allait se marier avec Marielle qu’il connaissait depuis l’enfance. Les parents étaient aux anges : depuis le temps qu’ils s’aiment ces deux –là !

Oui sans doute il l’avait aimée mais comme on aime une sœur, une bonne copine mais jamais il n’avait éprouvé cette fièvre qui l’avait dévoré avec … ELLE.
— Germain s’il te plait ce n’est pas à un enterrement que tu vas, souris, lui glissa sa mère.

Il ne se sentait vraiment pas bien et quand il fallut marcher lentement jusqu’à l’autel, il sentit une angoisse épouvantable le saisir. Il la vit, ELLE, en une seconde, se pencher sur lui et en ricanant lui dire : Alors chéri, on se lance ? Tu vas lui faire un bébé à cette garce n’est-ce pas ?

Et puis ce fut le trou noir. Il s’effondra.

Le mariage fut… reporté, mais pas annulé. Le stress, mes pauvres amis caquetait sa mère aux invités, le surmenage mais nous allons le bichonner. A bientôt !

Tout le monde reprit sa voiture pour accompagner l’ambulance à l’hôpital.

Seule une petite fiat noire, démarra la dernière et fila dans le sens opposé. ELLE ? Qui sait ? Puisqu’il maintenait l’avoir vue. UN REVE ? Sans doute…


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Re: Marie Chevalier

Message  Sapho le Lun 13 Avr 2015 - 15:50

Bravo Marie, tu laisses la porte ouverte à toutes les suppositions.....et j'aime ça !

Chacun cherchera une fin d'après son vécu ou sa personnalité !

Court comme tu sais si bien faire, bien écrit; le récit reste haletant du début à la fin.......On en demande encore !!!

Merci Marie  bisou bisou merci messages panca


Dernière édition par Sapho le Lun 13 Avr 2015 - 16:40, édité 1 fois
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Re: Marie Chevalier

Message  bergamote le Lun 13 Avr 2015 - 16:32

merci à toi Sapho bisou
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Re: Marie Chevalier

Message  Arun le Lun 13 Avr 2015 - 19:19

Super Bergamote, on reconnaît bien ton style dans ce récit. Toujours la petite note d'humour un peu noir, grinçant par certains côtés. Les petites "lâchetés" que la vie nous impose ou que nous nous imposons sont fort bien décrites. Un récit réaliste, un récit doux amer, une fin à imaginer peut-être ... Un grand merci à toi ! Smile



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Re: Marie Chevalier

Message  bergamote le Lun 13 Avr 2015 - 20:16

merci Arun bisou
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Re: Marie Chevalier

Message  Jocelyne le Lun 13 Avr 2015 - 20:28

Tout à fait d'accord avec Arun.
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Re: Marie Chevalier

Message  bergamote le Mar 5 Mai 2015 - 14:27

Un doux moment de plaisir

Il avait toujours souri quand parfois il entendait des amis lui demander : tu n’as jamais eu le trou noir et l’angoisse de la page blanche ?
C’est fou ce que les gens peuvent être naïfs et quand, par hasard, une phrase leur plait il la répète à tort et à travers.
C’était le cas pour ce fameux « syndrome de la page blanche ».

Cyrille n’avait jamais eu ce problème. Il écrivait comme il dormait, se plaisait-il à répéter. J’écris, avec facilité, je ne dis pas que ce que j’écris est toujours « bon » mais j’écris. Le soir je m’endors tranquillement et jamais je ne pense à l’histoire que je viens d’inventer. Demain je ne me souviendrai pas et une autre histoire prendra la relève ; je n’ai pas de mérite j’ai beaucoup d’imagination.

Nous étions un seize décembre. Le vent soufflait en rafales et sifflait sous les tuiles. C’était la meilleure époque pour cet écrivain sans doute de talent, mais tellement sauvage que dans son entourage, peu lui achetait ses romans. Par contre, ils avaient un succès fou partout où les gens n’avaient pas rencontré l’homme. Tout le monde parlait de ses histoires incroyables et décrites avec un tel talent, que forcément il avait surement été béni des Dieux à sa naissance. Ce n’était pas vraisemblable autrement.
Cyrille alla chercher une vieille chaise de dactylo dont le tissu gris était élimé, et se laissa aller à la faire tourner doucement d’un côté puis de l’autre. Les manches de chemise retroussées, il caressait son clavier avec douceur. Il cliquait avec sa souris et enfin son roman en cours apparut sur son écran.

Il se pencha en arrière et heureux, sourit. Il se souvenait avoir appris en classe, il y avait tellement longtemps, qu’un ministre de Louis XIV, Colbert, se frottait les mains quand il arrivait à son bureau, tellement heureux de travailler. Eh oui ! I devinait ce qui pouvait motiver cet homme, lui-même se sentait transfiguré, transposé dans un autre monde et il n’existait plus que pour son roman, son œuvre.

C’est ainsi qu’il concevait son écriture : sa chose, sa liberté… et si certains n’aimaient pas trop, tant pis.
L’important était que ce petit pincement de jouissance intérieure le fasse pianoter de plus en plus vite, et que devant lui défilent des pages et des pages, racontant une histoire que lui seul connaissait.

Quand arrivait le soir, perclus de douleur dans les omoplates, il se poussait fort contre le dossier de sa chaise de dactylo et les larmes lui montaient aux yeux.
L’émotion était si forte quand il tapait le dernier point, qu’il en aurait crié de joie. Quel bonheur à ce moment précis ! Il avait créé, inventé une histoire, son histoire, personne ne l’avait jamais écrite et ne l’écrira jamais plus. Quel talent ! Diront ceux qui la liront. Quelle médiocrité ! En penseront d’autres.

Mais l’histoire existe, elle ne mourra jamais, et pour cet homme passionné, c’est cela le miracle : la création et un merveilleux moment de plaisir.
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Re: Marie Chevalier

Message  Jocelyne le Mar 5 Mai 2015 - 16:04

Un doux moment de lecture, Marie.
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Re: Marie Chevalier

Message  Arun le Mar 5 Mai 2015 - 16:26

Merci Berga de nous faire partager une fois de plus tes mots. Miracle de l'écriture ! émerveillement de voir naître la puissance des mots, de nos mots sortis tout droit de notre propre imaginaire. Que tu décris bien cela Berga ! Et sourire de voir s'envoler la beauté de nos écrits pour toujours ...

Les mots pour l'écrire ou les mots pour le dire, des idées plein la tête et des mots par brassée, des maux de page blanche et des écrits vains  Smile

Mais pour toi Berga ce sont des mots de chanson douce, parfois doux-amer.  Plus souvent jouer avec les mots non point toujours les maux de la vie mais résisterait seul dans tes écrits,  celui du mot joie dans l'univers des mots !

merci messages panca :coque:


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Re: Marie Chevalier

Message  bergamote le Mar 5 Mai 2015 - 17:02

merci à vous deux
bisou bisou
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Re: Marie Chevalier

Message  Sapho le Mar 5 Mai 2015 - 19:24


Je pense que cette histoire, c'est Marie transposée devant un ordinateur, c'est Marie exaltée devant le récit qu'elle concocte avec ses ressentis.
C'est Marie avec toute son imagination qui fait basculer les mots dans des écrits qui veulent nous rejoindre pour que l'on apprécie toute cette vitalité, toute cette joie, toutes ses pensées qui nous ravissent à chaque nouvelle.

Merci Marie pour tous ces petits moments de pur bonheur !

study study study
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Re: Marie Chevalier

Message  Arun le Mar 5 Mai 2015 - 19:29

Tu as entièrement raison Sapho ! Very Happy


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Re: Marie Chevalier

Message  bergamote le Mar 5 Mai 2015 - 20:23

pas entièrement faux Sapho j'ai en fait décrit le plaisir d'écrire bisou bisou

remerci les filles !
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Re: Marie Chevalier

Message  Invité le Mer 6 Mai 2015 - 11:36

ma chère Bergamote, je suis confuse..je viens seulement de découvrir ton fil.
je me suis donc empressée de lire tes nouvelles.

tout d'abord n'est-il pas vrai?

je retrouve bien là ton côté "policier".

la mauvaise journée de Germain comme dit Sapho trop court.

un doux moment du plaisir en lisant , je t'imaginais

des 3 nouvelles , ma préférée c'est n'est-il pas vrai j’attends la suite
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Re: Marie Chevalier

Message  bergamote le Jeu 28 Mai 2015 - 15:13

ma nouvelle  : une bouée rien qu'une bouée...  a reçu les félicitations du jury  au CONCOURS DE NOUVELLES 2015
Organisé par l’Association « Autour des Lettres & des Arts de l’Épine
Et les Éditions Past’Elles

                     
 Une bouée, rien qu’une bouée…


Elle m’avait dit : je te donne  ma parole que nous  ferons toute notre vie ensemble, je t’aime.
Quand on a vingt ans, et qu’une jolie fille  se pend  à votre cou en prononçant ces mots, vous voyez des étoiles. Bien sûr vous la serrez dans vos bras en bégayant : moi aussi je te la donne.
Et pourtant nous sommes séparés. Au bout de cinq années de vie commune, d’amour partagé et une complicité extraordinaire.
Un jour elle me demanda si cela  me  tenterait d’aller en vacances dans une Ile. Pourquoi pas ai-je pensé, il y a  maintenant des ponts. Cela parait puéril c’était ma condition pour accepter ce qu’elle me proposait. Elle aimait tellement la mer que je ne pouvais décemment pas refuser. Toute sa famille était de Noirmoutier, ses  parents  y étaient revenus  à leur retraite depuis six mois et elle se languissait d’eux me répétait-elle souvent.  Alors pour lui faire plaisir, j’acceptai.

Quand je la regardais, si heureuse, une vraie gamine qui attend le  père Noel,  je ne regrettais rien. Les deux mois précédant la  date de notre départ  passèrent très vite.  Il n’y avait pas une  journée sans  qu’elle ne  me soule littéralement avec ces vacances et « son »  Ile ! Je dois reconnaitre que je ne comprenais pas trop cette euphorie. Cela faisait quatre années que nous partions  tous les deux  à travers la France et jamais elle ne s’était tant emballée.
Mais tu ne peux pas comprendre mon amour, j’y suis née, j’y avais plein d’amis,  ils me manquent et je suis si contente de revoir mes parents ! J’avais quand  même l’impression qu’elle en faisait trop, mais elle paraissait si enthousiaste …

Effectivement  je me souvenais qu’elle me  parlait assez souvent de Noirmoutier, de ses rivages, de ses  pommes de terre, de ses balades en bateau, de son passage du Gois, de  l’Herbaudière, des  marais salants  mais  bon ! Tout cela ne justifiait pas à ce point autant d’euphorie.
Il faut dire que j’étais né  à Paris, rien de transcendant, au cinquième étage sans confort et des parents continuellement absents  à cause de leur emploi. Ils étaient tous les deux infirmiers avec des horaires complètement déments  et pas  vraiment en phase  pour  l’éducation d’un enfant.  Leurs horaires changeaient tout le temps que soit  la nuit, le jour, ou moitié nuit  moitié jour, les jours fériés etc. je les voyais à peine. C’était notre voisine qui s’occupait bien souvent de  mes repas ou de  mon petit déjeuner. Ils auraient pu s’arranger, mais ils travaillaient  dans le  même hôpital, ce qui n’était pas facile.

Alors quand nous nous retrouvions exceptionnellement tous les trois, nous n’avions  plus rien à nous dire sinon les questions  toutes faites : tu manges bien à la cantine ?  Tu as fait tes devoirs ?  Et plus tard quand  je fus adolescent ce furent d’autres questions : tu sors ? Tu as des copains, tu as une copine ?  
Je souriais et ne répondais pas. Quand  nous nous sommes  mariés ils ne le surent que  trois semaines avant.  
Ce  fut une  petite cérémonie toute simple avec nos  copains  communs. Nous avions trouvé un studio pas trop cher  à l’autre bout de Paris et  je n’ai plus vu mes  parents. Cela ne me gênait pas.
J’avais trouvé un petit boulot dans une grande entreprise à la maintenance informatique et ma femme était coiffeuse.
Ces vacances lui tenaient tant à cœur que je commençais moi aussi à être impatient de partir.
Le mois de Mai arriva enfin et  tout était prêt pour notre voyage. Nous voulions éviter  les  vacances scolaires et  ne pas  être trop envahis  par le monde  mais  bon ,  ce sont  les vacances !  Nous  partîmes à cinq heures du matin afin d’arriver  tranquillement à notre location dans un gite,  allée des mimosas  à Noirmoutier en l’ile,  une jolie maison de caractère  avec bien sûr, les volets  peints en bleu.  Très confortable  avec  une cheminée. Incroyable comme ces  maisons sont belles ! Je dois avouer que cela valait tous les logements «  vue sur  mer » que nous avions  repérés sur  internet ! Dehors  une jolie terrasse sur un gentil jardin, le rêve. Trois semaines de bonheur nous attendaient  La  plage n’était pas loin, nous  pourrons y aller à pieds ou en vélo.  
Le lendemain nous avons loué deux vélos.
Clotilde était resplendissante dès le soir même, elle avait pris des couleurs et  la fatigue de son année de travail semblait envolée.  Nous avions  marché,  marché encore et encore,  à prendre  le vent marin dans le visage, respirer  l’air pur et surtout parler, parler… elle me racontait son enfance, elle me racontait ses escapades avec ses  copines de collège.  Elles  partaient  le mercredi matin très tôt et  fonçaient vers  la plage des Dames. Pour s’y rendre,  deux jeunes gens qu’elles connaissaient bien les embarquaient  sur leurs petits voiliers qu’ils louaient aux estivants.  

Arrivés  à destination sur cette plage  immense et  couverte de sable fin, ils  dormaient, riaient jouaient au ballon ou bien me dit-elle en rougissant : nous flirtions.
Je la trouvais charmante avec cette retenue de jeune fille. Elle m’avait parlé de  ses amis Noirmoutrins me disant qu’en fait elle ne  les avait jamais revus depuis qu’elle avait quitté  l’île.
Le soir nous avons pu diner dehors sur la terrasse  et franchement je ne cessais de me répéter que j’avais bien fait de l’écouter. Quel endroit merveilleux que cette  île, moi le  parisien plutôt campagne, je découvrais  le plaisir simple de la béatitude  devant  un coucher de soleil sur la  mer.  Nous étions fatigués  de notre  longue  marche  mais heureux.
Le lendemain pendant que nous déjeunions sur la terrasse, elle me  proposa une petite virée  sur la  plage des Dames ; elle voulait  que je connaisse l’endroit qu’elle qualifiait de  magique. Je  n’étais pas  très fier car je craignais  une  petite histoire d’amour qu’elle m’aurait cachée  et  je préférais qu’elle ne  me parle  pas de « tout ça ». De la jalousie sans aucun doute et pourtant je savais qu’elle  n’était qu’à moi, qu’elle  m’aimait, mais le bonheur est si fragile !
J’acceptais  malgré tout et  le lendemain nous y allâmes en voiture en empruntant les avenues Pineau, Victoire puis Clémenceau. Un jeu d’enfants. Nous trouvâmes tout de suite une  place de  parking  car nous avions l’intention d’y passer la  journée.  Nos glacières remplies de crudités, de cochonnailles et de vin rouge léger réjouissaient les  papilles. Ce soir nous  passerons  par  Noirmoutier l’île où nous avions réservé  à « la fleur de Sel »  un restaurant réputé  pour ses fruits de mer.

Il faisait un temps splendide et Clotilde s’étant allongée semblait dormir. Moi je dois reconnaitre que je  somnolais également quand soudain ma femme poussa un grand cri ! Elle devait rêver mais  je levai d’un bond et  me penchai vers elle en la secouant doucement.
— Que se passe-t-il ma chérie ?
— Rien rien un cauchemar sans doute …
— Mais tu as vraiment crié très fort ?
—  Bon n’en parlons  plus  je te dis que c’était un mauvais rêve.
— Raconte si tu veux ça te soulagera.
— Je te dis de ne plus en parler  d’accord ?
L
e ton employé  me sidéra. Jamais elle ne m’avait parlé avec cet agacement.
La matinée  passa rapidement sans que nous échangions une  parole. Je respectais son silence  mais  j’étais particulièrement sur les nerfs  et  quand  le soir nous arrivâmes au restaurant  je remis ça:
—  Tu peux me  le  dire maintenant à quoi correspondait ton rêve ?
— Oui je vais te raconter mais ensuite je ne suis pas  sûre que tu veuilles rester ici.
— Vas-y…  
Elle commença  à parler d’une  voix  basse. Il fallait  que je force mon attention pour comprendre puis tout devint très clair.

Il  y a dix ans, elle venait d’avoir vingt ans et était tombée follement amoureuse d’un noirmoutrin qui habitait Vieil, près de ses parents.
Ils  allaient chaque jour avec une  petite  barque appartenant à son père  rejoindre  la  plage des Dames  quand tous les touristes étaient, soit au restaurant soit  rentrés chez  eux fourbus de leur balade  à travers  l’île.
Leur amour dura  le temps d’un été. Clotilde devait repartir  avec ses  parents  sur Paris et le garçon travaillait comme serveur pour payer ses études  justement   au restaurant dans lequel nous étions en train de dîner.  Ce n’était pas une coïncidence, c’est elle qui avait choisi ce lieu. Elle me l’avoua en même temps que  tout le reste.
Un soir  juste la veille de partir ils décidèrent de  passer la  nuit sur  la  plage.
Comme d’habitude  ils  vinrent en barque et  …..
Un geste trop brusque de Clotilde  qui se leva d’un bond  à l’arrière  de la barque les fit  chavirer.
Ils savaient tous les deux nager, mais ils n’avaient pas envisagé  qu’ils venaient de  dîner et copieusement en plus.
Johan coula à pic.
Clotilde, perdue et effrayée put tant bien que mal regagner la  rive, ils n’étaient pas très éloignés de la  plage.  Ils y étaient presqu’arrivés.  Elle ne fit rien pour  sauver  Johan qui l’appelait, la suppliait de venir l’aider… Trop peur des représailles, elle le laissa  se noyer.  Elle pleurait en me racontant cela et surtout  insistait sur le fait qu’elle ne savait pas quoi faire, la  barque était retournée et  …

Je la  pris dans mes  bras, essayant de  la calmer et  lui affirmant que tout cela n’était pas de sa  faute, qu’elle avait eu peur... Enfin toutes  les  phrases que l’on dit dans ces moment-là.
Nous  rentrâmes dans notre  location, sans  un mot, perdus tous les deux dans nos  pensées.
Dans la  nuit, j’entendis vaguement du bruit  dans  la cour. Je  pensai que c’était un animal et je me rendormis.
On frappa fort  à la  porte vers  six heures du matin, il faisait à peine  jour.  J’ouvris  en me  grattant la tête et  je vis deux gaillards de mon âge à peu près  tenant  ma Clotilde, ruisselante.
Cette femme est la vôtre ?  On l’a trouvée morte cette  nuit  sur la  plage des  Dames. La mer l’a sûrement ramenée avec la  marée.  Elle avait ça pourtant près d’elle…  une bouée… On ne comprend  pas pourquoi elle l’a emportée et surtout pourquoi elle ne l’a pas  mise…
Je ne savais plus quoi faire ni dire.  Tout se déroulait si vite !

Quand je vis sur la table de  chevet une enveloppe à mon nom.

Je l’ouvris en tremblant.

Jeannot, tu n’aurais  jamais dû insister  pour que je te raconte  mon cauchemar. C’était Johan qui m’appelait et  tu sais ce qu’il me disait ?  N’oublie  pas  la bouée cette fois, que  l’on ne fasse pas naufrage deux fois …

Je ne suis  jamais revenu dans l’île. Ses  parents l’ont enterrée au cimetière du village et  moi je suis rentré  chez  moi, seul….

FIN
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Re: Marie Chevalier

Message  Arun le Jeu 28 Mai 2015 - 15:53

Merci Berga pour ce beau partage ! 

Ton écriture est sans fioritures, épurée, tu vas de suite à l'essentiel et c'est très bien. Mais ... je me doutais que la chute serait brutale, je commence à connaitre ta manière de procéder dans l'écriture ! Pourquoi ce brin d'amertume, on dirait que tu te méfies toujours du bonheur ? Pourtant j'admire ton imagination ! Enfin bravo, tu méritais bien les félicitations de ce Jury ! Ils ont vu juste ! Et j'apprécie !  merci messages panca


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Re: Marie Chevalier

Message  Invité le Jeu 28 Mai 2015 - 16:04

Bergamote, comme toujours c'est trop court..mais c'est une nouvelle.
Je reconnais bien là ta plume.
le jury a bien agi en te félicitant..

encore bravo
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Re: Marie Chevalier

Message  Jocelyne le Jeu 28 Mai 2015 - 16:07

Je n'aurai qu'un mot Berga : Bravo !
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Re: Marie Chevalier

Message  Sapho le Jeu 28 Mai 2015 - 16:38

Bravo Berga ! bonjour bonjour

On reconnait ton écriture directe et la chute de ta nouvelle toujours " aigre-douce "! Une nouvelle bien structurée et " haletante " car on s'attend toujours à une fin décalée.

Merci Marie pour ce beau partage. J'ai passé grâce à toi un excellent moment merci messages panca merci messages panca
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