Antonio Lobo Antunes ( Portugal )

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Antonio Lobo Antunes ( Portugal )

Message  Sapho le Mar 11 Avr 2017 - 15:20



L'auteur :

Né en 1942 à Lisbonne et issu de la grande bourgeoisie portugaise, António Lobo Antunes a fait des études de médecine et s’est spécialisé en psychiatrie, métier qu'il a exercé à l'hôpital Miguel Bombarda dans les années 1970-1980. Au début des années 1970, il a été envoyé en Angola où il a participé à la guerre coloniale, comme tous les jeunes hommes de sa génération. Auteur à ce jour de plus de trente ouvrages traduits dans les principales langues et publiés pour la plupart chez Christian Bourgois éditeur, il est aujourd'hui l'une des grandes figures de la littérature contemporaine. De nombreux travaux ont été consacrés à son œuvre, et il a reçu de multiples prix littéraires, dont le Prix Union Latine en 2003, le Prix Jérusalem en 2005 et le prix Camões en 2007. Une saison théâtrale proposant une soixantaine d’événement autour de son œuvre (concerts, lectures, installations, spectacles, etc.) lui a été dédiée à la Maison de la Culture de la Seine Saint-Denis (MC93) à Bobigny de janvier à juin 2011.

Citation :

Mon travail est presque terminé. J’ai écrit les livres que je voulais, comme je le voulais, pour dire ce que je voulais : je n’en changerais pas une ligne et, si on m’accordait cent ans de vie supplémentaire en échange de mes livres, je n’accepterais pas. Le tout est exactement tel que je l’ambitionnais. Il y a une dizaine de jours, j’ai achevé mon dernier roman. Si jamais j’ai le temps, et bien que mon œuvre soit complète (j’ai toujours voulu laisser une œuvre complète), il est possible que j’y ajoute une espèce de post-scriptum. Je ne sais pas si je vais le faire.
C'est ce qu'il a écrit dans une chronique intitulée Adieu en 2012 mais en 2015 paraissait encore De la nature des dieux !




Je viens de terminer : La splendeur du Portugal




RESUME


A travers les monologues alternés d'une mère et de ses trois enfants, derniers rejetons déchus d'une riche lignée de colons portugais en Angola, ce roman dresse le sombre bilan d'un processus historique d'avilissement d'une catégorie d'êtres humains. Au fil d'évocations tragiques et de scènes bouffonnes, entrelaçant l'atmosphère d'un pays déchiré par la guerre et celle des temps de la prospérité coloniale, ces personnages dévoilent les arcanes de leurs vies antérieures, là où le vent de leur identité se désagrège. Minés par la folie à force de vivre à contre-destin, ils resteront écartelés entre leur attachement ombilical à l'Afrique de leur enfance et la honte d'admettre que cette Afrique de rêve recouvrait un effroyable cauchemar.


CE QUE J'EN PENSE


La splendeur du Portugal se montre déconcertant. Avec son style unique , António Lobo Antunes nous plonge dans un récit complexe et décousu, entre réalité et fantasme qui demande un effort d'attention aux lecteurs. L’auteur y dépeint un monde compliqué à travers les non-relations des membres d’une même famille. Il table sur les répétitions et nous plonge dans les dédales de personnages aux ressentis variés. J'ai eu le sentiment de lire un récit qui tourne en rond. Pourtant il se traduit en réalité comme la volonté certaine de voir António Lobo Antunes nous enfoncer toujours plus dans les méandres, ceux d’un marasme qui annihile toute identité et attachements à des racines.
Tout du long, La Splendeur du Portugal est bercée par les égarements amers de pantins désuets. Des pantins qui sont les victimes du ridicule de leur existence. Il en ressort une œuvre fascinante et terrifiante; d'une écriture à nulle autre pareille tant elle est envoutante et personnelle.








« Toute l'œuvre de Lobo Antunes se situe sous le signe de la désacralisation qui n'épargne ni la bourgeoisie complice de Salazar ni les démocrates nouveaux qui n'ont pas su tenir les promesses de la révolution. Avec rigueur et obstination, il fait le procès de la société portugaise et de ses trivialités, des institutions et de leurs mensonges, du pouvoir et de ses compromissions. Un procès ou Lobo Antunes donne systématiquement la parole aux victimes, aux opprimés, renversant les rôles que tiennent les uns et les autres dans la vie réelle. » (extrait d'un article de Tirthankar Chandra, L'Humanité, 16 mars 2000)


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Re: Antonio Lobo Antunes ( Portugal )

Message  Sapho le Mer 19 Juil 2017 - 15:02


Je viens de terminer ce magnifique livre intitulé LE CUL DE JUDAS




Le cul de Judas

Publié au Portugal en 1979, ce roman a été traduit en français et publié aux éditions Metailié en 1983. C'était son deuxième roman et son premier grand succès littéraire

A Lisbonne, une nuit dans un bar, un homme parle à une femme. Ils boivent et l’homme raconte un cauchemar horrible et destructeur : son séjour comme médecin en Angola, au fond de ce "cul de Judas", trou pourri, cerné par une guerre sale et oubliée du monde.

Extraordinaire par l’originalité de sa forme, la force et la poésie de sa langue, l’acuité de son intelligence.


MON RESSENTI



Ce que l'auteur a vécu en Angola l’a marqué définitivement et c’est un homme vaincu, « désemparé de lui-même » qui parle. Il ne se pardonne pas d’avoir été le complice lâche de cette guerre injuste et inutile alors que tout en lui se révoltait. Il est revenu dans son pays natal, brisé, inadapté à la vie, incapable de se libérer de ses fantômes, de s’aimer donc et d’aimer les autres. Ses relations amoureuses se construisent sur des illusions et il retourne immanquablement à sa desséchante solitude.
C’est un livre poignant, violent, iconoclaste, présentant une vision crépusculaire, hallucinée d’une tragédie de "notre" histoire dont le souvenir est toujours brûlant pour le narrateur. Il nous la livre avec une sincérité crue, sans complaisance et une dureté parfois extrême.
Ce livre est écrit dans un style baroque, splendide, « lumineux », même lorsqu’il décrit la noirceur et l’inhumain. Les images, les métaphores sont toujours très riches avec des touches d’humour même si c’est un humour de dérision, dévastateur. Il y a des pages sublimes sur les lieux, les paysages, les hommes noirs .
Ce roman d’expérience (Antonio Lobo Antunes a passé 27 mois dans « l’enfer » angolais) est paru en 1979 au Portugal. C’est le premier livre de l’auteur à avoir été traduit en français. C’est un livre qui ne s’oublie pas et qu’il faut lire car au-delà du contexte propre à l’Angola, il nous parle de l’horreur de toutes les guerres de façon magistrale.


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