Sylvain COHER

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Sylvain COHER

Message  Arun le Ven 1 Mai 2015 - 12:33


Né en 1971, Sylvain Coher vit à Paris et à Nantes, selon le vent et l'état de la mer. Après des études de lettres modernes, il a successivement été moniteur de voile, surveillant d'internat, libraire, éditeur, maçon et chômeur. Depuis 2001, il intervient lors de rencontres ou de lectures publiques et anime régulièrement des ateliers d'écriture. Il a été pensionnaire à la Villa Médicis en 2005-2006. Romancier – Hors saison (Joca Seria, 2002 ; Babel n° 1071), La Recette de Stein (Joca Seria, 2004), Facing (Joca Seria, 2005), Fidéicommis (Naïve, 2006), Les Effacés (Argol, 2008) et Carénage (Actes Sud, 2011) –, il écrit également pour le théâtre et l'opéra.

Nord, Nord-Ouest


Ils ont traversé la France en diagonale, de la frontière italienne à la Bretagne, et veulent quitter le pays au plus vite. Lucky et le Petit ont poussé comme des frères, à la vie à la mort, et s’en sont toujours sortis en se serrant les coudes. À Saint-Malo, une fille qui s’est entichée de Lucky dérègle leur routine. Le Petit la voudrait loin, ou bien plus près de lui.
L’idée est simple et folle : ils vont rallier l’Angleterre sur un voilier de plaisance. Ils ont grandi dans le calme bleu de la Méditerranée, ne connaissent pas grand chose de la mer, seule la Fille a naguère pris quelques cours de voile. D’ici deux jours, ils espèrent boire une Guinness dans un bar à marins de l’autre côté de la Manche. Une vie nouvelle pourra commencer…
Dans ce huis clos à ciel ouvert, la mer, mystérieuse étendue de beauté fourbe, confronte chacun aux deux autres et à ses propres cauchemars. La liberté et la peur, la solidarité et la solitude, la jeunesse et la destinée, tels sont les motifs de ce voyage incertain sublimé par une écriture au rythme précis, aux métaphores saisissantes, à la poésie vénéneuse.

Critique de Rotko

Un tour de force qui maintient l’attention à un bon niveau.

Deux petits voyous, accompagnés d’une fille ramassée en chemin, fuient l’Italie pour s’embarquer à Saint Malo ou Roscoff, sur un voilier, le « Slangevar », à destination de l’Angleterre. Fuite, appel du large, ivresse de liberté, chacun décidera.

Le récit s’annonce comme dramatique et mouvementé, avec des indices rétroactifs sur un épisode italien antérieur dont on saura bien plus tard la teneur. Mais aussi de mauvais présages pour l’avenir : la « croisière » ne sera pas de tout repos !

L’inexpérience des navigateurs saute aux yeux, l’habileté de l’auteur consiste à bien expliciter techniquement la complexité de la navigation, hors de portée des petits « culs-terreux » intrépides et amateurs maladroits.

« . Le voilier fit une embardée lorsqu’elle lâcha la barre. Les voiles se dégonflèrent brusquement et tous trois se retrouvèrent pêle-mêle sur le caillebotis. Le bateau effectua une sorte de Z sur son erre, puis un tour gratuit sur lui-même. L’annexe vint cogner contre le franc-bord et la bôme manqua d’arracher les haubans, en sifflant deux fois comme un sabre au-dessus de leurs têtes. »

Sylvain Coher
maîtrise bien toutes les situations, les effets délétères du sel, l’inquiétante survenue de la nuit, les appréhensions tacites des acteurs qui ruminent en silence leurs inquiétudes.

Un soupçon d’humour, une touche de fantastique, le récit est dans une mesure que devraient suivre les auteurs maritimes trop portés sur les péripéties. Ici, dans cet « océan-movie » original, tout sonne juste, sans excès, dans un huis clos agité, où les phrases courtes, parfois incomplètes, se succèdent au rythme de vagues imprévisibles, jouets de la houle et des roulis.

Un tour de force - car donner la sensation d’un présent instable, sans se répéter ou lasser le lecteur, c’est l’habileté d’un écrivain aguerri, Lui sait conduire sa barque, bien mieux que les barreurs improvisés…

Finalement le voilier « Slangevar » gardera le mutisme sur ses errances, sauf à les partager avec le lecteur très secoué par cette aventure maritime insensée.


“Vouloir écrire sur la mer, c’est chercher une petite place dans le foisonnement des livres qui ont été écrits sur elle. La démarche peut sembler déraisonnable, tant la bibliothèque est imposante. Quoi dire après Pierre Loti, Ernest Hemingway, Herman Melville, Joseph Conrad, Jack London, Édouard Peisson, Blaise Cendrars, Bernard Moitessier, Nikos Kavvadias, Nicholas Monsarrat ou Björn Larsson ? Des écrivains, des capitaines et des marins. Une mer plus écrite que je n’ai eu le mérite de la voir. Tempêtes, cyclones et naufrages lointains. Pourtant, le désir d’écrire “mon” livre de mer m’accompagne depuis mes premières lectures. Restait à savoir comment, et c’est un article de presse qui m’a offert le commencement de ce roman. Un simple fait divers, lu il y a des années de cela et gardé depuis bien au chaud dans un carnet de notes. À cette époque, je possédais avec des amis un petit voilier du côté de Saint-Malo. J’avais appris “dans la presse régionale qu’un autre voilier – je l’imaginai aussitôt semblable au nôtre – avait été volé non loin sur la côte et retrouvé en Irlande ou en Écosse (à présent, je n’en suis plus très sûr). Dans le bateau déserté, on avait repêché une sorte de carte. Un gribouillage sommaire, insuffisant pour naviguer où que ce soit. Le journal signalait les difficultés que rencontrait le propriétaire pour rapatrier son bien, sous-équipé pour affronter un territoire maritime réputé difficile. Deux lignes évoquaient les voleurs, probablement plus chanceux qu’expérimentés. L’article s’enhardissait à supposer qu’il s’agissait de fugitifs, ou de clandestins.
C’est leur voyage que j’ai tenté de reconstituer dans Nord-nord-ouest, en leur prêtant un voilier que je connaissais bien : le Slangevar. L’aventure pouvait enfin commencer.”

S. C.


Mon avis : à lire absolument


"Le mouton n'a pas mangé la rose et le Petit Prince n'est pas mort"

avatar

Arun
Tour de contrôle


http://www.suzannephilippe.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Sylvain COHER

Message  bergamote le Ven 1 Mai 2015 - 16:37

je ne connais pas... encore un à ajouter à ma pal. Rolling Eyes Rolling Eyes Rolling Eyes
avatar

bergamote
Le sage ArtiLittere


http://mariechevalier.over-blog.fr/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Sylvain COHER

Message  Sapho le Ven 1 Mai 2015 - 18:56


Je me souviens de l'époque où l'on en a parlé. Je l'avais inscrit sur une liste.........et puis je l'ai zappé !

Merci de nous le rappeler ARUN !

Par rapport aux écrivains qui nous content la mer, il y a aussi le très beau livre de TOINE HEIJMANS : EN MER
avatar

Sapho
Le sage ArtiLittere


Revenir en haut Aller en bas

Re: Sylvain COHER

Message  Sapho le Ven 28 Aoû 2015 - 16:35

Je viens de terminer le livre : HORS SAISON de cet auteur


RESUME


Ils ont traversé la France en diagonale dans une deux-chevaux délabrée pour atteindre la côte atlantique.
La maison décrépite aux odeurs de poussière, de chats errants et de moisi qu’ils louent au bord de la falaise, Elia semble la connaître, et elle interdit immédiatement l’accès aux pièces de l’étage. Elia fuit un passé, redoute les assauts de la mémoire et cache une valise. Mais son compagnon et ange gardien ne sait pas tout, ne peut que tenter de deviner, et c’est en spectateur frustré qu’il fait le récit de ces mois d’errance, d’angoisse, de whisky, de promenades les soirs de tempête et de rencontres glauques dans les bistrots du port.
Une certaine Solenn hante les murs, mais aussi les souvenirs et les paroles d’Elia. Et tandis que cette dernière oppose une rage autodestructrice aux fantômes qui pourraient la submerger, tandis que son ventre s’arrondit au son d’une chanson cubaine passée en boucle, le narrateur observe, relate et souffre avec Elia, pour laquelle il est capable de tout, y compris du pire. Dès ce premier roman paru en 2002 aux éditions Joca Seria, Sylvain Coher met en place un territoire romanesque à la troublante singularité : étrange, poétique et habité.
Le décor vibre de sons, d’odeurs, d’embruns et de réminiscences. Les personnages font parfois les frais d’un humour cruel et décalé, le lecteur également, mais l’impression qui domine est celle d’une empathie bienveillante pour des êtres perdus en plein désarroi, suspendus au bord du vide, en équilibre avant la suite : la vie, peut-être, ou l’abandon, ou encore la conquête d’une île dangereuse, inaccessible, comme un nouveau départ.





RESSENTIS



Sylvain Coher partage avec nous son goût pour la Bretagne et la mer. Pas celles des touristes et des plages de sable fin, mais la mer des marins, la Bretagne des embruns, celle des mois d'hiver et des tempêtes, celle des maisons vides et des balades le long des falaises sous la pluie et le vent.
Cette atmosphère m'a beaucoup plu, la poésie qui s'en dégage, de même que les personnages de ce roman. La construction de l'intrigue et le recours à ce narrateur si particulier m'ont charmé. La façon qu'à Elia de vivre sa grossesse m'a quelque peu gênée. Et puis surtout ce dénouement... le fait que le narrateur ne puisse avoir toute la connaissance de l'histoire, qu'il en soit exclu par Elia, laisse une part d'ombre importante. On peut supputer beaucoup de choses, j'ai d'ailleurs fait mon choix... mais j'en garde un sentiment de liberté et la possibilité d'imaginer le pourquoi et le comment de l'intrigue. C'est peut-être la réussite de ce roman.J'aime que l'auteur me laisse ainsi en plan  au milieu du gué.
Un livre sensible, poétique et émouvant !


study study study
avatar

Sapho
Le sage ArtiLittere


Revenir en haut Aller en bas

Re: Sylvain COHER

Message  Arun le Ven 28 Aoû 2015 - 16:47

Merci Sapho ! une note de poésie qui me plairait ! je retiens study


"Le mouton n'a pas mangé la rose et le Petit Prince n'est pas mort"

avatar

Arun
Tour de contrôle


http://www.suzannephilippe.com

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum