Manuela Carmena

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Manuela Carmena

Message  Arun le Lun 13 Juin 2016 - 17:24

Manuela Carmena, une juge incorruptible à la tête de Madrid


La nouvelle maire de Madrid a une longue carrière de juriste. Engagée sous la dictature de Franco 
au sein du Parti communiste d’Espagne, elle incarne aujourd’hui le renouveau de la vie politique espagnole avec des plates-formes d’unité populaire citoyenne.

C’est au numéro 55 de la rue d’Atocha, dans le centre de Madrid, que des avocats, spécialistes en droit du travail, membres du Parti communiste d’Espagne (PCE) et des Commissions ouvrières encore clandestins, officient. Parmi eux se trouve Manuela Carmena. Cette grande dame, qui a aujourd’hui 71 ans, a été investie édile de la capitale le 13 juin dernier, dans la foulée des élections municipales du 24 mai. À l’image d’Ada Colau, son homologue de Barcelone, elle incarne le renouveau de la vie politique espagnole avec l’irruption de listes citoyennes d’unité populaire.

Ce 24 janvier 1977, l’Espagne franquiste n’en finit pas de mourir. Le Caudillo n’est plus, mais le pays peine à se défaire du vieil ordre agonisant. Les manifestations d’étudiants et d’ouvriers, comme celles des transports, sont mortellement réprimées. Mais le peuple espagnol ne craint plus de prendre la rue. Les hommes et femmes de loi s’activent dans une Espagne qui oscille encore entre la lumière et les ténèbres. Au 55 de la rue d’Atocha donc, les avocats sont sur le point de se réunir. Par un concours de circonstances, Manuela Carmena est appelée à se rendre à quelques pas de là, dans un autre cabinet, au n° 49, là où deux ans plus tôt, elle a été arrêtée avec d’autres compagnons pour « réunion illégale ». Ce 24 janvier, à la nuit tombée, deux phalangistes du Syndicat vertical font irruption et ouvrent le feu. Cinq avocats sont tués ; quatre autres seront gravement blessés. Cet épisode tragique connu comme le « massacre d’Atocha » va profondément bouleverser le pays, et donner un nouvel élan au parcours politique pourtant déjà confirmé de Manuela Carmena. Le 9 avril 1977, le PCE est légalisé. Quelques semaines plus tard, en juin, on la retrouve en 23e position de la liste conduite par Santiago Carrillo, le leader de la formation, lors des premières élections post-franquistes. « Trente-deux communistes pour Madrid… Trente-deux Madrilènes pour la liberté et le socialisme », affirme leur matériel de campagne. Madrid et Manuela, Manuela et Madrid, dont elle est désormais la maire. C’est dans cette ville qu’elle a vu le jour, le 9 février 1944. C’est là encore qu’elle y a étudié le droit.


Devenue juge, elle se fait un nom en combattant la corruption

À l’aune des années quatre-vingt, Manuela Carmena quitte le PCE qu’elle avait rejoint en 1965. Elle embrasse alors pleinement sa carrière de juriste. Déjà sous la dictature, elle défendait les prisonniers politiques. On la retrouve juge, et elle se fait un nom en combattant la corruption. Elle fonde l’Association progressiste des juges pour la démocratie en 1984. Deux ans plus tard, elle reçoit le prix national des droits de l’homme de l’Association pour les droits de l’homme d’Espagne (APDHE). Juge d’application des peines de Madrid, la femme à la chevelure blonde est élue doyenne des juges de Madrid en 1993, puis siège au Conseil général du pouvoir judiciaire, l’organe constitutionnel de direction du pouvoir judiciaire. En 2010, elle se retire de la magistrature non sans avoir dénoncé, ce qui était rare dans les années quatre-vingt-dix, le drame des emprunts hypothécaires qui ont jeté à la rue des centaines de milliers de familles avec l’éclatement de la bulle spéculative.

L’histoire ne dit pas comment s’est déroulée la rencontre. Mais, une chose est sûre, Manuela Carmena est issue du mouvement des Indignés, lorsqu’en 2011 des millions d’Espagnols sont descendus sur les places publiques pour dénoncer les ravages de la crise sociale et économique. Ahora Madrid (Maintenant Madrid), la formation avec laquelle elle s’est présentée aux élections, est le fruit de cette recherche politique. Cette plate-forme, soutenue par Podemos, comprend des assemblées de quartiers, des écologistes, un secteur d’Izquierda Unida (Gauche unie)… C’est d’ailleurs la formation de Pablo Iglesias qui a demandé à Manuela Carmena de porter la liste. L’ancienne juge hésite. « Il m’en a beaucoup coûté de me décider, mais je suis disposée à aider », confiera-t-elle tout en se défendant d’appartenir à un parti politique. Mais elle se dit « inquiète de l’éloignement des politiques ». Elle, qui entend gouverner « pour les vulnérables ». Rien ne lui aura été épargné durant la campagne où elle affrontait la droite dure et réactionnaire incarnée par Esperanza Aguirre, au point que cette dernière l’a même accusée d’accointances avec la bande séparatiste d’ETA. Comme si l’on pouvait passer sous silence le parcours profondément démocrate de cette femme au franc-parler et au caractère bien trempé. Elle souhaite placer son mandat sous le signe des changements dont elle dit d’ailleurs qu’« un à un, ils ne signifient pas grand-chose mais l’accumulation de nombreux petits changements peut faire en sorte que le monde soit différent ».

Sa première mesure n’est pas que symbolique. Elle constitue un geste à l’égard de ces « vulnérables » qu’elle respecte, en amputant son salaire de maire de 55 % et celui de ses vingt conseillers municipaux de 41 %. Autre geste phare, le conseil municipal de Madrid va débaptiser les rues de la capitale qui portent les noms de figures franquistes. Cela n’a rien de révolutionnaire. Aux yeux de Manuela Carmena, il s’agit de respecter la loi. Tout simplement.





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