Miléna ARGUS ( Italie)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Miléna ARGUS ( Italie)

Message  Sapho le Lun 13 Fév 2017 - 15:20

BIOGRAPHIE


 Issue d'une famille originaire de Sardaigne, Milena Agus est écrivaine italienne.


Elle est professeur et donne des cours d'italien ainsi que d'histoire dans un institut technique de Cagliari.

En 2005, elle publie son premier roman, "Quand le requin dort" (Mentre dorme il pescecane). Il est complètement passé inaperçu lors de sa sortie en Italie et rapidement retiré des ventes.

En 2006, "Mal de pierres" (Mal di pietre) la révèle en France, où il reçoit le prix Relay du Roman d’Évasion (2007) ainsi que le Prix Santa Marinella et le Prix Elsa Morante. Traduit en cinq langues, le livre est adapté pour le cinéma par Nicole Garcia, avec Marion Cotillard, en 2016.

En 2008, elle publie "Battements d'ailes" (Ali di babbo), "La comtesse de Ricotta" (La contessa di ricotta) en 2009 et "Prends garde" (Guardati dalla mia fame) en 2014. Elle reçoit le Prix Méditerranée étranger 2015.

Mère divorcée, Milena vit dans la maison familiale de sa grand-mère en Sardaigne, terre à laquelle elle s'attache profondément, et dont la passion ressort de façon très significative dans ses romans.




LIVRE LU : PRENDS GARDE




7 mars 1946 : des coups de feu sont tirés sur les paysans affamés rassemblés place de la mairie, à Andria, petite ville des Pouilles. La propriété des quatre sœurs Porro, d'où proviennent les tirs, est investie par la foule qui lynche deux d'entre elles. Cet épisode peu connu de l'histoire brouillonne de l'Italie d'après guerre est envisagé ici de deux façons. D'abord par Luciana Castellina, essayiste et figure de la gauche italienne. Elle relate les faits et rappelle la situation compliquée des Pouilles entre 1943, année du débarquement américain en Sicile et de la chute de Mussolini, et 1946, moment du référendum sur les institutions. S'emparant du même épisode historique dramatique, la romancière Mi­lena Agus dresse, elle, le décor intime des protagonistes.
Car elles sont romanesques, ces quatre sœurs Porro qui vivent isolées du monde et semblent tout droit sorties du xixe siècle. Elles sont riches mais vivent chichement, pieuses et pudibondes, célibataires pour trois d'entre elles, seulement occupées par le crochet et la broderie, affichant des mines solennelles quand elles vont à la messe et ne riant qu'en se cachant les lèvres de leurs mains. Les deux sœurs tuées par les paysans faméliques ne sont coupables de rien, sinon d'être propriétaires terriennes, dans cette région d'Italie submergée par tout ce que la guerre a vomi : déserteurs, démobilisés, Albanais ou Grecs échoués sur les côtes, toute une humanité détruite qui s'ajoute à l'extrême misère des paysans, tout cela dans un pays déserté par les pouvoirs politiques.
L'exercice tenté par Agus et Castellina, qui consiste à croiser les regards entre romancier et historien sur un même événement, est pleinement réussi : il ouvre les focales sur un fait divers qui devient alors un objet d'histoire, enrichi par une fiction qui en dessine les silhouettes oubliées.





J’ai commencé par le récit historique de Luciana Castellina. Le 6 mars 1946, à Andria, une foule affamée s’en prend, sur un malentendu, à quatre sœurs appartenant à la bourgeoisie rurale, restées au village alors que tous les autres l’avaient déserté. Elles sont lynchées, deux d’entre elles meurent.

A partir de cet événement dramatique, Luciana Castellina revient en arrière pour explorer, sans fioritures, ce qu’elle appelle "La guerre civile des Pouilles, quasiment inconnue dans les livres d'histoire . Description du chaos généralisé dans cette région, la plus pauvre d’Italie, avec une bourgeoisie rurale exploitant brutalement un prolétariat totalement démuni. En 1943, les Anglo-Américains débarquent en Sicile et occupent cette partie de l’Italie qui, d’un coup, se retrouve dans le camp des Alliés. Les soldats italiens sont démilitarisés, l’administration locale est divisée et en ruine. La bourgeoisie s’enfuit à Naples et à Rome.  Restent les journaliers, plus pauvres qu’avant. Le PCI (Parti communiste italien) monte en puissance. Quand en 1945, la guerre prend fin dans l’ensemble de la péninsule, se poursuit dans les Pouilles une guerre civile  plus cruelle encore que la précédente. La tension sociale s’accentue. Qui aboutit au drame de Andria, suivi d’arrestations qu’une note officielle qualifie de « disproportionnées ».



Le récit et l’analyse de Luciana Castellina, tout arides qu’ils soient, sont passionnants en évoquant cette page d’histoire enfouie dans le passé, pourtant exemplaire de ce que furent, dans l’affrontement et l’espoir, le paysage politique non seulement des Pouilles, mais de l’ensemble de l’Italie et d’une grande partie de l’Europe, entre sortie de guerre et exigence de renouveau.
Et le récit de Milena Agus ? Son ambition est « de remplir les vides de L'histoire vraie grâce à son imagination. Elle concentre son récit sur les quatre sœurs Porro vue par une narratrice qui est leur amie, du même milieu bourgeois qu’elles, mais décalée. Elle regarde, avec une condescendance amusée, la vie confinée des quatre sœurs et leur petite bonne, Angela. Retour vers un âge qui semble venir de la profondeur du temps passé. Non mariées, figées, corsetées, ignorantes totalement de ce qui se passe au-delà de leurs murs . Après cette terrible date de 1946 et le lynchage des soeurs, les deux survivantes tentent de reprendre la même vie. Mais quelque chose se dérègle. La petite bonne, Angela, n’est plus aussi obéissante. Quant à leur amie, prise par le vertige de la culpabilité, elle veut ouvrir sa propriété, rendre visite aux pauvres, découvrir une autre vérité, changer le monde. Est-ce possible ? La réponse est cinglante.
Milena Agus met en scène des destins individuels, conformes ou transgressifs par rapport au milieu social. La question est intéressante. C’est bien narré, bien observé,bien écrit. Une façon originale et prenante d'écrire un roman à 2 mains.

study  study  study
avatar

Sapho
Le sage ArtiLittere


Revenir en haut Aller en bas

Re: Miléna ARGUS ( Italie)

Message  Arun le Mar 14 Fév 2017 - 20:49

Je n'ai encore rien lu d'elle ! d'après sa biographie et ton ressenti je le regrette un peu ! 

De plus, rien de plus actuel que l'histoire décrite (malheureusement). Donc le livre que tu nous cites et dont le résumé m'interpelle évidemment beaucoup !

Je note donc ! merci pour ce partage chère Sapho !


"Le mouton n'a pas mangé la rose et le Petit Prince n'est pas mort"

avatar

Arun
Tour de contrôle


http://www.suzannephilippe.com

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum